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Il faut que je rentre
Roman de T. Leprince-Ringuet
Deuxième épisode
Elle se répète une dernière fois : »il faut que je parte » ; et elle décide de partir pour de bon, parce que c’est une fille qui fait toujours ce qu’elle a envie de faire, une fille dans mon genre, se mentit Bérénice. Elle s’habille, et même, il faudrait qu’elle fasse sa valise. Elle en choisit une, pas trop grosse. Elle met sa veste, elle descend. C’est janvier, il fait très froid. Je ne sais pas où elle va aller. Peut-être va-t-elle aller vers la Seine. »
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Quel effet cela pouvait faire de se retrouver dehors à six heures du matin, portant une valise, sans avoir de train ni d’avion à prendre. Elle pensa que, si cela lui arrivait à elle, elle aimerait éprouver sous sa main l’arête d’un parapet des quais, sentir dans sa paume le chatouillis des grains minuscules de la pierre, qui filent et rampent adorablement la peau au fur et à mesure que l’on avance, jusqu’au moment où cela devient trop, où il faut soulever le bras, tapoter de place en place, avant de reposer la main et de reprendre la glissade irritante.
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Tout à coup, elle décida de le faire. Pourquoi pas ? Il lui restait plus d’une heure avant le réveil de sa famille, suffisante pour un aller et retour, le temps de savoir à quoi Paris ressemblait ce matin-là, quel goût avait le froid du dehors, et comment la lumière se levait sur les rues. Elle rit un peu en pensant à la tête des enfants sortant du lit, et la voyant rentrer à une heure où, d’habitude, elle errait en peignoir, poursuivant un rêve et se cognant aux meubles. « Tu es dingue », diraient les enfants, étonnés. « Qu’est-ce qui t’a pris ? « demanderait Clément, ahuri.
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Elle rentra dans la chambre à coucher, prit un pantalon dans la penderie, deux pulls dans la commode……..Elle prit son sac, sa borsa, ainsi nommée en souvenir d’une Italie d’autrefois qui lui en avait fourni une semblable, et sortit.
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Bérénice fermait à demi la main au bout de son bras, comme pour tenir la poignée d’un bagage, tout en faisant mentalement le compte de ce que Mosca y avait empilé………
Elles arrivèrent ainsi toutes deux au coin de la rue du Bac et de la rue de Lille, où elles se séparèrent brutalement lorsque Bérénice, tournant la tête avant de traverser, vit une voiture débouler de la droite à tombeau ouvert.
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A SUIVRE !