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Roman de Tilise Leprince-Ringuet
Aurelio Aurelia
Extrait N°2
………..Le révérendissime se sent gagné par l’intérêt, la sympathie, une tendresse enfin pour ce garçon dont encore aujourd’hui il ignore la véritable identité et qui tint à prendre le curieux nom d’Aurelio en requérant l’entrant.
Depuis, cette tendresse ne s’est jamais démentie. Parfois Dom Michele a l’impression qu’ils sont les seuls dans tout le monastère à se comprendre et partager le même idéal. Car, comme lui, le prieur est un fou de Dieu. Il peut rester abîmé en méditations des heures entières. Il a souffert cette tumeur maligne sur le point de l’emporter avec l’impatience joyeuse de qui aspire à bondir dans les bras de son Créateur. Il a la gaité des élus et l’humilité des saints. Car Dom Michele n’hésite pas à prononcer ce mot à propos du mourant…………..
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On toque à la porte. C’est Lorenzino, un novice de 12 ans…il bégaie… « il y a urgence, Révérendissime, Dom Aurélio ne veut pas. »
-Ne veut pas quoi ?...
-Il ne veut pas se confesser…Il a repoussé le saint chrême, venez, venez vite.
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Mais ni délire, ni angoisse ne sont perceptibles sur les traits du père Aurelio qui, les yeux clos, repose sur sa couche. En raison de son état, le cellérier lui a octroyé deux couvertures supplémentaires, la règle n’en autorisant qu’une pour les bien portants.
Malgré le temps et les souffrances des derniers jours, il n’a guère changé depuis 20 ans. Il est toujours aussi beau………..
« Je suis souffrant, dit Aurelio, mais ne suis point aveugle, …et suis encore capable une paire de burettes dont, pardonnez-moi, je ne me sens ni le goût ni le besoin de tâter. »
-Vous ignorez sans doute la gravité de votre état, reprend dom Michele. J’ai vu le médecin hier. Hélas, mon cher fils, il n’a laissé aucun espoir….
-Je ne l’ignore pas et j’y aspire, mais pensez-vous sérieusement que cette huile épaisse m facilitera le passage et graissera l’entrant au paradis ?.......................
……………………………..une confession à ma mode, d’homme à homme, et à vous seul, Père Michele, je vous la dois…Cependant, je vous en préviens, il n’y aura point d’absolution pour la clore.