Politique,Actualité,Histoire, Ecologie,Littérature, sémantique, Poésie,Humour,Santé, Musique,fantaisies,dérision, divers
La santé de Louis XIV
(D’après m. Bertrand de l’Académie française)
En 1712, trois ans avant la mort du monarque, madame de Maintenon écrit : « il se réveille comme un enfant, il dort fort souvent sept heures de suite…A 74 ans, il sort dans la canicule à deux heures de l’après-midi, et court dans la forêt, dans le sable, au milieu des chevaux, de tous les chiens, qu’on le croirait fou. »
En 1714, elle ajoute : « on ne s’accoutume point à la santé du Roi. C’est un miracle qui recommence tous les jours. Il tira hier 34 coups et rapporta 32 faisans. La vigueur, la vue, l’adresse, rien ne diminue chez lui. »
Lorsqu’il mourût et que l’ouverture de son corps fut faite par Maréchal, son premier chirurgien, on lui trouvât dit Saint-Simon : « toutes les parties si entières, si saines, et tout si parfaitement conformé, qu’on jugeat qu’il aurait vécu plus d’un siècle sans les fautes dont il a été parlé, qui lui mirent la gangrène dans le sang. On lui trouva aussi la capacité de l’estomac et des intestins double au moins de celle des autres hommes de sa taille, ce qui était fort extraordinaire, et ce qui était cause qu’il était si gros mangeur… »
Ces détail sur la capacité de son estomac et des intestins ne figure pas dans le procès-verbal des chirurgiens.
Pourtant, le Roi a été malade toute sa vie : rougeoles, petites véroles, fièvres pourpres, rhumes et coryzas, gouttes, rhumatismes, constipations, tiraillements d’estomac, vapeurs, vertiges, lourdeurs de tête, défaillances, anthrax, fistules, glandes squirreuses, gangrène.
Comment un homme aussi solide a-t-il pu résister à tant de maux ?
L’explication la plus vraisemblable, c’est qu’il a été déplorablement traité par ses médecins.
Jusqu’à sa mort, le Roi eût quatre médecins, véritables dignitaires de la Cour, qui avaient payé leur charge (et donc irremplaçables)
Vautier exerça ses fonctions pendant 14 ans
Vallot « régna » de 1652 à 1671.
Daquin tint la place de 1671 à 1693.
L’impérial Fagon, qui faisait trembler tout le monde autour de lui, ne lâcha le roi qu’après avoir dicté et signé le procès-verbal de son autopsie.
Tous ces médecins préconisent l’antimoine, le vin émétique, le quinquina, …Après cela la routine de Diafoirus : seignare, purgare…purgare, seignare jusqu’à l’extinction du patient.
Mais l’accord entre eux ne va pas plus loin.
Fagon et Daquin sont d’un avis diamétralement opposé. Pour Daquin le tempérament est « aduste » et bilieux, pour Fagon, il est lymphatique.
Le champagne est remplacé par du bourgogne. Les ragoûts sont proscrits.
De quel côté est l’erreur ? la seule maladie dont Louis XIV ait réellement souffert semble avoir été une entérite chronique (symptômes : vertiges, vapeurs, maux de tête), sans doute assortie de dyspepsie
Ce qui aggravait cette maladie était sa mauvaise denture. Dès 1685, on lui avait arraché toutes les dents de la mâchoire supérieure gauche. Cette opération fut exécutée par de tels maréchaux-ferrants qu’on lui ôta un morceau du palais. Daquin dit : « l’éclatement de la mâchoire provoquait parfois quelque écoulement de sanie et mauvaise odeur…les aliments et les boissons ressortaient par le nez. » Il avait beau engloutir la nourriture, les aliments assimilés ne lui profitaient pas, et ainsi, il avait toujours faim.
Ces aliments non digérés finissent par déterminer chez le roi une entérite chronique.
Il est soigné de poudre d’écrevisses, de poudres de vipère, de tanin, de tamaris, de crottin de cheval. Il subit des purgations 17 à 18 fois de suite. Il rendait du sang à plein bassin.
Le Roi avait la langue chargée, le pouls mauvais, la mine fiévreuse. Vite, une bonne saignée pour dissiper ces vapeurs malignes. Le patient souffrait cruellement de ces « phlébotomies larges et plantureuses ». il s’évanouissait.
Il finit par se rebeller contre ses bourreaux, soupçonnant la bêtise de tout cela.
Ayant les entrailles échauffées par tant de purgations, il avait soif continuellement.
On le gorgeait de fruits blets, de melons, de concombres, de salades fortement assaisonnées de sel et de poivre, relevées d’un vinaigre très acide et saupoudrées de fromage.
A la veille de sa mort, il avala coup sur coup 30 figues fraîches.
Pour brûler son palais perforé, il fallait un enfer d’épices, des ragoûts très pimentés.
Fagon le faisait suer deux heures dans son lit sous des amas d’édredons.
La fistule (18 novembre 1686) : on le charcuta pendant une heure et il fallut encore lui saigner le bras.
Plus tard, il eût un furoncle au cou août 87). Mal soigné le bobo dégénéra en anthrax. A la Toussaint, après une infinité de cataplasmes, de cautères, et d’incisions, le furoncle n’était toujours pas guéri.
Saint-Simon accuse Fagon de n’avoir pas soigné la gangrène dès son apparition, et ainsi d’avoir précipité la mort du roi.
Laissons la conclusion à Bossuet : « une âme héroïque est maitresse du corps qu’elle anime. »