Les galères
D’après François Bluche- la vie quotidienne au temps de Louis XIV
En 1701, vagabonder est un délit. Professer la R.P.R. (!), c-à-d la religion prétendue réformée (alias le protestantisme) est un crime depuis l’édit de Fontainebleau (oct.1685).
Dans les deux cas, le contrevenant est passible des galères royales.
Le Roi, en personne, se préoccupe de cette administration pilote. Beaucoup de jeunes gentilshommes veulent servir dans le corps des galères. C’est le comble du chic. S’il y a la notion de « grand corps », c’est dans les états-majors des galères qu’il faut la trouver.
Dès 1669, l’intendant des galères écrit : « Je ne crois pas qu’il y ait plus belle escadre à la mer. Son fils et successeur a le plaisir d’armer, sculpter, gréer et décorer une réale aussi magnifique que celle du roi Catholique. Lorsque le beau temps revient, en mars ou avril, la flotte des galères de Sa Majesté appareille, avec « ses flames, pavezades, portières et parasols de damas, ses banderoles ou enseignes des bancs de damas, le tout avec fleurs de lys d’or », chiourme, et soldats en casaques et justaucorps neufs, c’est un spectacle magnifique. Cette flotte de fins et bons voiliers, dotés du moteur auxiliaire de la ‘vogue’, promène sur les flots « une image du pouvoir royal » que les intendants, personnes cultivées, ne craignent pas de comparer aux chars des triomphes romains.
En 1690, la flotte des galères représente 40 unités. Par ailleurs, elle est rarement engagée dans la bataille.
Plus le roi augmente sa flotte à rames, moins ‘les turcs’ et les volontaires sont aisés à trouver. Il faut donc augmenter la ‘chiourme’ des forçats. De 1680 à la fin du règne 36000, soit plus de 1000 hommes par an, sont ainsi envoyés aux galères. Près de la moitié de ces effectifs sont des déserteurs de l’armée, des contrebandiers, des meurtriers, des voleurs, des délinquants divers et bien sûr… les vagabonds et les protestants.
Les galères voient mourir plus de la moitié de leurs condamnés, moins de la rudesse de la ‘vogue’ que de celle de la ‘chaîne’, de l’entassement des forçats et des épidémies. Les forçats meurent le plus souvent dans les trois premières années. Paradoxalement ce sont les petits délinquants qui sont le plus frappé. Contrairement à une légende, ce n’est pas le rude labeur de la rame qui fait le pire de la condition du galérien : la galère est un voilier. Les rameurs sont surtout requis pour entrer et sortir de la rade, ‘nager’ quand l’escadre est encalminée, enfin au combat pour appuyer l’action du vent. D’ailleurs seuls les condamnés jeunes et vigoureux sont destinés aux bancs de nage. Un sur dix ne navigue pas. Les vieux sont affectés au bagne de l’arsenal (voilerie, corderie, fabrique d’étoffes).