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le lit

                       LE LIT

Vive qui m’abandonne, il me rend à moi-même (Montherlant)

Au fond, je passe pour un veinard,

Car à neuf heures, au plus tard,

Je suis débarrassé d’un sacré poids.

(Plus de cent cinquante kilos parfois).

Mes patrons sortent du cocon,

Se lèvent d’un bond,

Me débarbouillent.

De temps en temps,

Ils m’épouillent.

Souvent ils m’habillent de coton

Tout doux, tout neuf.

C’est pas du bluff !

Des pieds à la tête,

Ils me recouvrent d’une couette,

Pour m’éviter de prendre froid.

C’est chouette,

Non ?

Je frétille comme un gardon.

Madame tapote mes oreillers

-je suis là comme un roi !-

Encore mal éveillée,

Elle enfile son jupon.

Quelle vision !

Puis monsieur horizontalise mon traversin.

Bref, mes larbins

Me tirent à quatre éping’.

C’est dingue !

Ainsi, tout regaillardi,

Je suis ravi.

Je vais faire la grasse matinée,

Puis une sieste bien méritée.

Que personne ne me dérange !

Je vais dormir comme un ange.

Hélas ! Vers vingt trois heures,

Ca va être l’horreur.

Voilà mes patrons en pyjama.

J’apprécie le panorama

Inouï,

Mais pas assez

Pour oublier ce qui va se passer

Pendant toute la nuit.

J’ai beau

Hurler : « vous allez me broyer

Les os.

Le supplice va recommencer. »

Mes locataires ne m’entendent pas.

Malgré mon état de furie,

Je suis

Bien obligé de leur tendre les bras.

Ils se glissent sous les draps.

Ils parlent un sabir

Que je ne comprends

Pas. Je vais subir

Rires,

Gymnastiques, assauts,

Pendant d’interminables moments.

Certes, cabrioles et sursauts,

Toutes voiles dehors,

Entretiennent mes abdominaux.

Je ne suis plus un poulet de l’année.

Mais j’ai encore

Du ressort

Si l’affaire ne dure pas

Jusqu’à

Potron-minet.

Court sur pattes,

Mes jambes super musclées

Permettent d’endurer mes

Acrobates

Sans trop souffrir.

Puis vient le temps des ronflements.

J’ai envie de leur dire

« Cherchez pas la bagarre,

Vous allez l’avoir.

J’ai horreur d’être secoué ainsi.

Je me fous de vos insomnies,

De vos cauchemars.

Et vous risquez de me voir

Déguisé en Père Fouettard ! »

Dès que vous aurez cessé,

Je vais me calmer

A propos, petite anecdote en passant :

Madame avait surnommé son mari

« Le hérisson ».

Pour la bonne raison

Qu’il a la manie :

De s’endormir en glissant

Les doigts dans

Ses cheveux en brosse.

Chaque fois,

Je ne sais pourquoi,

J’en ris comme un gosse !

Puis demain matin très tôt

Mes occupants,

Sympas au demeurant,

Vont entendre un drôle de grelot

Qui les réveillera

Pour aller au boulot.

Ce sera leur punition !

Ils se lèveront

Pour une nouvelle journée,

Lui sur son chantier,

Elle, à l’atelier.

Ils ne regardent même pas

Le pied de nez

Que je leur fais !

Et moi, j’aurai pas volé

Mes seize heures de tranquillité !

Par contre, le dimanche, j’aime pas.

Mes patrons, encore amoureux, m’ennuient jusqu’à

Dix voire onze heures.

Ils s’assoient. Leurs

Fesses m’écrasent la poitrine.

J’veux pas faire la fine

Bouche, mais je ne supporte pas l’odeur

Du café. J’ai beau crier :

Leur petit-déjeuner

Traîne en longueur.

Et puis je déteste

Les miettes

De pain grillé.

Peste,

Diantre,

Qu’elles me grattent le ventre !

 

 

 

 

 

 

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