Politique,Actualité,Histoire, Ecologie,Littérature, sémantique, Poésie,Humour,Santé, Musique,fantaisies,dérision, divers
Il va sans dire que mes écrits
Sont dévorés par les Anglais qui
S’arrachent tout, hormis
Ce qu’ils comprennent.
Or, un jour de la semaine
Dernière, je reçus un pli
De Londres, signé d’une jeune merlette :
« J’ai lu votre œuvre, cher grand poète,
Et j’ai éprouvé une telle admiration
Que j’ai pris la résolution
De vous offrir ma main et mon cœur.
Dieu nous a créé l’un pour l’autre ! O bonheur !
Je suis semblable à vous.
Je suis une merlette blanche ! Voulez-vous
Que nous prenions rendez-vous ?
J’ai répondu
A la belle inconnue,
Combien sa proposition m’agréait.
Je la pressais de venir d’un coup d’aile
Ou de me permettre de voler près d’elle.
Elle me répondit qu’elle aimait mieux se déplacer.
Quelle joie ! Elle vint, en effet, sept jours après.
C’était la plus jolie merlette du monde, ma foi ;
Et elle était encore plus blanche que moi.
-Ah ! Mademoiselle, ou plutôt madame,
Car dès à présent je le clame,
Vous êtes déjà mon épouse légitime. Est-il croyable
Qu’une créature si agréable
Se trouvât sur terre en survivance
Sans que la renommée m’apprit son existence ?
Bénis soient les malheurs que j’ai éprouvés
Et les coups de bec donnés
Par mon père, puisque le ciel me réservait
Une consolation si inespérée !
Jusqu’à ce jour, je me sentais accaparé
Par une solitude éternelle, et,
A vous parler franchement, c’était
Un rude fardeau à porter ;
Mais je me sens
En vous regardant
Toutes les qualités d’un papa.
Sans délai, acceptez mon bras ;
Marions-nous
Et partons ensemble au Pérou.
-Invitez tous vos amis,
Achetez pain de mie,
Petits-fours sucrés et rafraichissements.
Je me conformais aveuglément
A ses désirs.
Nos noces furent d’un luxe digne de celles d’un émir.
On y mangea dix mille mouches ! Nous reçûmes la bénédiction
Nuptiale du révérend père Héron.
Un bal superbe termina cette journée extraordinaire.
Plus j’approfondissais le caractère
De ma charmante femme,
Plus augmentait ma flamme.
Elle réunissait tous les agréments du corps et de l’âme.
Elle était seulement un peu bégueule.
Toutefois, une chose seule
M’inquiétait : elle s’enfermait à clef
Avec ses caméristes dans son cabinet,
Passant ainsi des heures à faire sa toilette et à se laver.
Dans leur ménage, les maris
N’aiment pas beaucoup ces fantaisies.
Cela m’impatientait. Parfois,
A sa porte, je frappais vingt fois,
Sans succès.
Un jour, de mauvaise humeur, j’insistais.
Elle se vit obligée
De m’ouvrir un peu à la hâte,
Non sans se plaindre. Je constate
En entrant, une grosse bouteille remplie d’une pâte,
Une espèce de colle faite de blanc d’Espagne et de farine.
Je lui demandais ce qu’elle faisait de cette médecine.
Elle me répondit que c’était
Un opiat pour des engelures qu’elle avait.
Cet opiat me sembla tant soit peu étrange.
Pour faire diversion, elle m’avouait
Qu’elle écrivait.
J’ignorais que mon ange fut une femme de plume.
Oublié son faux rhume.
Elle me montrait le manuscrit d’un roman
Où elle avait imité George Sand.
Non seulement je me voyais
Possesseur d’une incomparable beauté, mais
J’acquérais encore la certitude que l’esprit
De ma compagne était digne de mon génie.
Elle pondait ses romans avec une facilité
Presqu’égale à la mienne, choisissant ses sujets
Les plus dramatiques :
Des filouteries, des rapts, des parricides,
Ayant toujours soin, en passant,
D’attaquer le gouvernement
Et de prêcher l’émancipation des merlettes.
Plus tard, je m’aperçus qu’elle suait à fines gouttelettes.
Et je fus étonné de voir,
En même temps, qu’elle avait deux taches noires,
L’une dans le dos, l’autre sur le front.
-Eh ! Bon Dieu ! lui dis-je, qu’est-ce donc ?
Est-ce que vous êtes malade ?
Elle me dit en foucade
Que c’était une tache d’encre, et que les merlettes
Y étaient fort sujettes
Dans les moments d’inspiration.
Est-ce que ma femme déteint ? Non.
J’eus alors une intuition
La bouteille de colle me revint en mémoire.
-O ciel ! Quel soupçon !
Ma femme ne serait-elle qu’une peinture, un badigeon ?
Se serait-elle vernie pour m’abuser ?
N’aurais-je épousé
Que de la farine ?
Poursuivi par ce doute horrible, pardine,
Je formai le dessein de connaître
La vérité. Je fis l’achat d’un baromètre.
Avidement, j’attendis
Qu’il vint un jour de pluie.
Je voulais conduire
Ma femme à la campagne, choisir
Un dimanche douteux et attendre un nuage charitable.
Mais nous étions en juillet ; il faisait un beau temps effroyable.
L’habitude d’écrire avait
Fort excité ma sensibilité.
Et naïf comme j’étais,
Il m’arrivait, quand je travaillais,
Que le sentiment fut plus fort que l’idée,
Et de me mettre à pleurer,
En attendant la rime.
Ma femme aimait ces rares occasions intimes ;
Toute faiblesse masculine
Enchante la vanité féminine.
Je pleurais sur ma femme abondamment
Et elle déteignait visiblement.
Après quelques minutes d’attendrissement,
Je me trouvai vis-à-vis d’un oiseau décollé,
Désenfariné, qui ressemblait
Aux merles les plus ordinaires
Et les plus vulgaires.
Que faire ? Que dire ? Quel parti prendre ?
Tout reproche serait se méprendre.
J’aurais bien pu, à la vérité,
Considérer le cas comme une impossibilité
Et faire casser notre union ;
Mais comment oser publier mon renom ?
Je pris mon courage à deux pattes,
Je résolus de quitter ma caste,
D’abandonner la carrière des lettres,
De fuir dans le désert
Et de chercher comme l’Alceste de Molière :
« Un endroit écarté
Où d’être un merle blanc, on eut la liberté. »
C’était certainement
A bonne intention que la pauvre enfant
S’était mise du blanc.
IX
Le rossignol chantait.
Seul, au fond de la nuit, il jouissait
A plein cœur du bienfait
De Dieu qui le rend si supérieur aux poètes, et donnait
Librement sa pensée au silence qui l’entourait.
-Que vous êtes heureux ! Vous chantez
Tant que vous voulez.
Femme et enfants vous avez.
Vous possédez aussi nid,
Bon oreiller et amis.
Vous n’avez pas à lire les journaux quotidiens.
Lulli et Rossini ne sont rien
Auprès de vous.
-Oui, répondait
Le rossignol, mais ce n’est pas ce que vous croyez :
Ma femme s’ennuie ; je ne l’aime plus depuis longtemps.
Je suis amoureux de la rose, Sadi le Persan
En a parlé. Je m’égosille pour elle
Toute la nuit. Mais elle
Dort et ne m’entend pas.
Demain matin, quand je regagnerai
Mon lit, épuisé
De fatigue, c’est alors qu’elle
S’épanouira, pour qu’une abeille
Lui mange le cœur !
Il va sans dire que mes écrits
Sont dévorés par les Anglais qui
S’arrachent tout, hormis
Ce qu’ils comprennent.
Or, un jour de la semaine
Dernière, je reçus un pli
De Londres, signé d’une jeune merlette :
« J’ai lu votre œuvre, cher grand poète,
Et j’ai éprouvé une telle admiration
Que j’ai pris la résolution
De vous offrir ma main et mon cœur.
Dieu nous a créé l’un pour l’autre ! O bonheur !
Je suis semblable à vous.
Je suis une merlette blanche ! Voulez-vous
Que nous prenions rendez-vous ?
J’ai répondu
A la belle inconnue,
Combien sa proposition m’agréait.
Je la pressais de venir d’un coup d’aile
Ou de me permettre de voler près d’elle.
Elle me répondit qu’elle aimait mieux se déplacer.
Quelle joie ! Elle vint, en effet, sept jours après.
C’était la plus jolie merlette du monde, ma foi ;
Et elle était encore plus blanche que moi.
-Ah ! Mademoiselle, ou plutôt madame,
Car dès à présent je le clame,
Vous êtes déjà mon épouse légitime. Est-il croyable
Qu’une créature si agréable
Se trouvât sur terre en survivance
Sans que la renommée m’apprit son existence ?
Bénis soient les malheurs que j’ai éprouvés
Et les coups de bec donnés
Par mon père, puisque le ciel me réservait
Une consolation si inespérée !
Jusqu’à ce jour, je me sentais accaparé
Par une solitude éternelle, et,
A vous parler franchement, c’était
Un rude fardeau à porter ;
Mais je me sens
En vous regardant
Toutes les qualités d’un papa.
Sans délai, acceptez mon bras ;
Marions-nous
Et partons ensemble au Pérou.
-Invitez tous vos amis,
Achetez pain de mie,
Petits-fours sucrés et rafraichissements.
Je me conformais aveuglément
A ses désirs.
Nos noces furent d’un luxe digne de celles d’un émir.
On y mangea dix mille mouches ! Nous reçûmes la bénédiction
Nuptiale du révérend père Héron.
Un bal superbe termina cette journée extraordinaire.
Plus j’approfondissais le caractère
De ma charmante femme,
Plus augmentait ma flamme.
Elle réunissait tous les agréments du corps et de l’âme.
Elle était seulement un peu bégueule.
Toutefois, une chose seule
M’inquiétait : elle s’enfermait à clef
Avec ses caméristes dans son cabinet,
Passant ainsi des heures à faire sa toilette et à se laver.
Dans leur ménage, les maris
N’aiment pas beaucoup ces fantaisies.
Cela m’impatientait. Parfois,
A sa porte, je frappais vingt fois,
Sans succès.
Un jour, de mauvaise humeur, j’insistais.
Elle se vit obligée
De m’ouvrir un peu à la hâte,
Non sans se plaindre. Je constate
En entrant, une grosse bouteille remplie d’une pâte,
Une espèce de colle faite de blanc d’Espagne et de farine.
Je lui demandais ce qu’elle faisait de cette médecine.
Elle me répondit que c’était
Un opiat pour des engelures qu’elle avait.
Cet opiat me sembla tant soit peu étrange.
Pour faire diversion, elle m’avouait
Qu’elle écrivait.
J’ignorais que mon ange fut une femme de plume.
Oublié son faux rhume.
Elle me montrait le manuscrit d’un roman
Où elle avait imité George Sand.
Non seulement je me voyais
Possesseur d’une incomparable beauté, mais
J’acquérais encore la certitude que l’esprit
De ma compagne était digne de mon génie.
Elle pondait ses romans avec une facilité
Presqu’égale à la mienne, choisissant ses sujets
Les plus dramatiques :
Des filouteries, des rapts, des parricides,
Ayant toujours soin, en passant,
D’attaquer le gouvernement
Et de prêcher l’émancipation des merlettes.
Plus tard, je m’aperçus qu’elle suait à fines gouttelettes.
Et je fus étonné de voir,
En même temps, qu’elle avait deux taches noires,
L’une dans le dos, l’autre sur le front.
-Eh ! Bon Dieu ! lui dis-je, qu’est-ce donc ?
Est-ce que vous êtes malade ?
Elle me dit en foucade
Que c’était une tache d’encre, et que les merlettes
Y étaient fort sujettes
Dans les moments d’inspiration.
Est-ce que ma femme déteint ? Non.
J’eus alors une intuition
La bouteille de colle me revint en mémoire.
-O ciel ! Quel soupçon !
Ma femme ne serait-elle qu’une peinture, un badigeon ?
Se serait-elle vernie pour m’abuser ?
N’aurais-je épousé
Que de la farine ?
Poursuivi par ce doute horrible, pardine,
Je formai le dessein de connaître
La vérité. Je fis l’achat d’un baromètre.
Avidement, j’attendis
Qu’il vint un jour de pluie.
Je voulais conduire
Ma femme à la campagne, choisir
Un dimanche douteux et attendre un nuage charitable.
Mais nous étions en juillet ; il faisait un beau temps effroyable.
L’habitude d’écrire avait
Fort excité ma sensibilité.
Et naïf comme j’étais,
Il m’arrivait, quand je travaillais,
Que le sentiment fut plus fort que l’idée,
Et de me mettre à pleurer,
En attendant la rime.
Ma femme aimait ces rares occasions intimes ;
Toute faiblesse masculine
Enchante la vanité féminine.
Je pleurais sur ma femme abondamment
Et elle déteignait visiblement.
Après quelques minutes d’attendrissement,
Je me trouvai vis-à-vis d’un oiseau décollé,
Désenfariné, qui ressemblait
Aux merles les plus ordinaires
Et les plus vulgaires.
Que faire ? Que dire ? Quel parti prendre ?
Tout reproche serait se méprendre.
J’aurais bien pu, à la vérité,
Considérer le cas comme une impossibilité
Et faire casser notre union ;
Mais comment oser publier mon renom ?
Je pris mon courage à deux pattes,
Je résolus de quitter ma caste,
D’abandonner la carrière des lettres,
De fuir dans le désert
Et de chercher comme l’Alceste de Molière :
« Un endroit écarté
Où d’être un merle blanc, on eut la liberté. »
C’était certainement
A bonne intention que la pauvre enfant
S’était mise du blanc.
IX
Le rossignol chantait.
Seul, au fond de la nuit, il jouissait
A plein cœur du bienfait
De Dieu qui le rend si supérieur aux poètes, et donnait
Librement sa pensée au silence qui l’entourait.
-Que vous êtes heureux ! Vous chantez
Tant que vous voulez.
Femme et enfants vous avez.
Vous possédez aussi nid,
Bon oreiller et amis.
Vous n’avez pas à lire les journaux quotidiens.
Lulli et Rossini ne sont rien
Auprès de vous.
-Oui, répondait
Le rossignol, mais ce n’est pas ce que vous croyez :
Ma femme s’ennuie ; je ne l’aime plus depuis longtemps.
Je suis amoureux de la rose, Sadi le Persan
En a parlé. Je m’égosille pour elle
Toute la nuit. Mais elle
Dort et ne m’entend pas.
Demain matin, quand je regagnerai
Mon lit, épuisé
De fatigue, c’est alors qu’elle
S’épanouira, pour qu’une abeille
Lui mange le cœur !
Fin de l’histoire d’un merle blanc.