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III
Nous partons.
Le pigeon
Allait comme le vent.
Je m’essoufflais en le suivant.
Je tins bon quelques temps,
Mais bientôt, il me prît
Un si violent éblouissement
Que je me sentis
Près de tomber sur un toit.
-Y en a-t-il encore pour longtemps ?
Demandai-je d’une faible voix,
Pourrait-on s’arrêter un moment
Au bord de cet étang ?
Je voudrais boire.
Alors, le ramier me dit au revoir
Sans même tourner la tête :
-Va-t-en au diable. Tu m’embêtes.
Moi, je continue mon voyage.
Abasourdi, n’y voyant plus,
Je tombais sur l’accueillant rivage
Et m’endormais, tant j’étais fourbu.
Lorsque je repris connaissance
Je vois venir dans mon sens
Deux personnes charmantes.
La première était une petite pie avenante,
L’autre une tourterelle
Couleur de rose.
-Que faites-vous là ? Voulez-vous quelque chose ?
Demande l’une des belles.
-Hélas, marquise,
Répondis-je
(Car c’en devait être une)
Je suis un voyageur de fortune
Que son postillon a laissé en route.
J’ai faim et soif. Je voudrais bien un casse-croûte.
Aussitôt, elles voltigèrent çà et là
Sur les framboisiers, les mimosas
Et m’apportèrent jusqu’à minuit
Quantités de baies et de fruits,
Tout en continuant leurs questions.
-Mais qui êtes-vous donc ?
Mais d’où venez-vous ?
Où allez-vous ?
Vous fuguiez ? Vous partiez en goguette ?
Elle est incroyable votre aventure !
C’est à vous faire dresser les plumes sur la tête.
Que font vos parents ?
Où vivent-ils, dans un manoir, une masure ?
Je répondais de mon mieux, déférent.
Ceci dit, je remarquais avec curiosité
Que la pie me regardait d’un œil de pitié.
J’ignorais tout de l’amour,
Mais mon cœur battait comme un tambour.
Ma panetière avait le regard si doux
Que je souhaitais
Faire durer le déjeuner
Toute l’éternité.
J’étais fasciné
Par les marques charmantes de sa profonde sensibilité.
Puis, comme un éventail,
Elle osa me donner un léger coup d’aile.
-Vous n’êtes ni merle ni pigeon, vous êtes pie.
Une pie russe, chéri.
Elles sont blanches les pies russes !
-comment serais-je russe,
Etant né à Paris.
-Vous êtes de l’invasion
Et vous n’êtes pas le seul, mon mignon.
Je vous emmène dans mon palais,
Si cela vous plait.
Nous sommes là une centaine.
-Merci, ma beauté. (C’est pour moi une aubaine.)
-Nous sommes toutes nobles et de bonne compagnie.
Depuis le matin jusqu’au midi,
Nous nous attifons.
De midi jusqu’au soir, nous caquetons.
Nos femmes ne sont pas bégueules
Et nos maris ne sont ni jaloux ni veules.
Si un geai ou une autre canaille
Parvient à s’introduire dans nos broussailles,
Nous le plumons impitoyablement.
Mais nous sommes les meilleurs gens
Du monde. Les mésanges, les alouettes
Nous trouvent toujours prêtes
A les nourrir, les aider, les soigner.
Ainsi, toute la journée,
Nos vieilles, de vraies dévotes,
Récitent, à leur intention, masses de patenôtres.
-Voilà qui est fort beau, madame pie.
Je serais certainement mal appris
De ne point obéir aux ordres, peu ou prou,
Emanant d’une personne comme vous.
Mais auparavant, mademoiselle,
Permettez-moi de demander à cette bonne tourterelle
Si je suis vraiment une pie russe ou non.
Vous êtes si gentilles toutes les deux, qu’au nom
Du ciel, je fais le serment adéquat
D’offrir mon cœur et ma patte
A celle de vous deux qui en voudra
Dès l’instant que je saurais recta
Si je suis pie ou autre chose.
D’ailleurs, en vous admirant, oui, j’ose,
Je me sens déjà un tourtereau qui vous aime.
O Socrate ! Quel précepte épatant
Tu nous a donné, il y a si longtemps
« Connais-toi toi-même ! »
Soudain,
Je me souvins :
Mon père m’avait chassé
Dès le premier couplet que j’avais commencé.
Je voulus, une nouvelle fois,
Utiliser ma voix
Comme moyen pour discerner la vérité.
Avant de débuter,
Je m’inclinais avec civilité
Comme pour demander l’indulgence
A mon aimable assistance
Mais à mesure que je chantais
Ma petite marquise s’éloignait
D’un air étonné
Qui devint bientôt stupéfait
Et passer à un sentiment de peur
Accompagné d’une profonde horreur.
Enfin, ne pouvant plus tenir en place,
La pie s’envola et regagna son palace.
La tourterelle, elle, s’était endormie.
-Admirable effet de l’harmonie
Pensai-je. O Marais ! O gouttière !
Je reviens à vous, vent arrière.