Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Politique,Actualité,Histoire, Ecologie,Littérature, sémantique, Poésie,Humour,Santé, Musique,fantaisies,dérision, divers

Publicité

d'après Alfred de Musset : le merle blanc, chapitre III

 

 

                III

Nous partons.

Le pigeon

Allait comme le vent.

Je m’essoufflais en le suivant.

Je tins bon quelques temps,

Mais bientôt, il me prît

Un si violent éblouissement

Que je me sentis

Près de tomber sur un toit.

-Y en a-t-il encore pour longtemps ?

Demandai-je d’une faible voix,

Pourrait-on s’arrêter un moment

Au bord de cet étang ?

Je voudrais boire.

Alors, le ramier me dit au revoir

Sans même tourner la tête :

-Va-t-en au diable. Tu m’embêtes.

Moi, je continue mon voyage.

Abasourdi, n’y voyant plus,

Je tombais sur l’accueillant rivage

Et m’endormais, tant j’étais fourbu.

Lorsque je repris connaissance

Je vois venir dans mon sens

Deux personnes charmantes.

La première était une petite pie avenante,

L’autre une tourterelle

Couleur de rose.

-Que faites-vous là ? Voulez-vous quelque chose ?

Demande l’une des belles.

-Hélas, marquise,

Répondis-je

(Car c’en devait être une)

Je suis un voyageur de fortune

Que son postillon a laissé en route.

J’ai faim et soif. Je voudrais bien un casse-croûte.

Aussitôt, elles voltigèrent çà et là

Sur les framboisiers, les mimosas

Et m’apportèrent jusqu’à minuit

Quantités de baies et de fruits,

Tout en continuant leurs questions.

-Mais qui êtes-vous donc ?

Mais d’où venez-vous ?

Où allez-vous ?

Vous fuguiez ? Vous partiez en goguette ?

Elle est incroyable votre aventure !

C’est à vous faire dresser les plumes sur la tête.

Que font vos parents ?

Où vivent-ils, dans un manoir, une masure ?

Je répondais de mon mieux, déférent.

Ceci dit, je remarquais avec curiosité

Que la pie me regardait d’un œil de pitié.

J’ignorais tout de l’amour,

Mais mon cœur battait comme un tambour.

Ma panetière avait le regard si doux

Que je souhaitais

Faire durer le déjeuner

Toute l’éternité.

J’étais fasciné

Par les marques charmantes de sa profonde sensibilité.

Puis, comme un éventail,

Elle osa me donner un léger coup d’aile.

-Vous n’êtes ni merle ni pigeon, vous êtes pie.

Une pie russe, chéri.

Elles sont blanches les pies russes !

-comment serais-je russe,

Etant né à Paris.

-Vous êtes de l’invasion

Et vous n’êtes pas le seul, mon mignon.

Je vous emmène dans mon palais,

Si cela vous plait.

Nous sommes là une centaine.

-Merci, ma beauté. (C’est pour moi une aubaine.)

-Nous sommes toutes nobles et de bonne compagnie.

Depuis le matin jusqu’au midi,

Nous nous attifons.

De midi jusqu’au soir, nous caquetons.

Nos femmes ne sont pas bégueules

Et nos maris ne sont ni jaloux ni veules.

Si un geai ou une autre canaille

Parvient à s’introduire dans nos broussailles,

Nous le plumons impitoyablement.

Mais nous sommes les meilleurs gens

Du monde. Les mésanges, les alouettes

Nous trouvent toujours prêtes

A les nourrir, les aider, les soigner.

Ainsi, toute la journée,

Nos vieilles, de vraies dévotes,

Récitent, à leur intention, masses de patenôtres.

-Voilà qui est fort beau, madame pie.

Je serais certainement mal appris

De ne point obéir aux ordres, peu ou prou,

Emanant d’une personne comme vous.

Mais auparavant, mademoiselle,

Permettez-moi de demander à cette bonne tourterelle

Si je suis vraiment une pie russe ou non.

Vous êtes si gentilles toutes les deux, qu’au nom

Du ciel, je fais le serment adéquat

D’offrir mon cœur et ma patte

A celle de vous deux qui en voudra

Dès l’instant que je saurais recta

Si je suis pie ou autre chose.

D’ailleurs, en vous admirant, oui, j’ose,

Je me sens déjà un tourtereau qui vous aime.

O Socrate ! Quel précepte épatant

Tu nous a donné, il y a si longtemps

« Connais-toi toi-même ! »

Soudain,

Je me souvins :

Mon père m’avait chassé

Dès le premier couplet que j’avais commencé.

Je voulus, une nouvelle fois,

Utiliser ma voix

Comme moyen pour discerner la vérité.

Avant de débuter,

Je m’inclinais avec civilité

Comme pour demander l’indulgence

A mon aimable assistance

Mais à mesure que je chantais

Ma petite marquise s’éloignait

D’un air étonné

Qui devint bientôt stupéfait

Et passer à un sentiment de peur

Accompagné d’une profonde horreur.

Enfin, ne pouvant plus tenir en place,

La pie s’envola et regagna son palace.

La tourterelle, elle, s’était endormie.

-Admirable effet de l’harmonie

Pensai-je. O Marais ! O gouttière !

Je reviens à vous, vent arrière.

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
B
En fait la pie qui ne chante pas....Bon dimanche
Répondre
M
J’ai visité votre blog, bravo.Marcello http://haarg.over-blog.com
Répondre
D
<br /> merci d'être venu lire les bêtises de "balourdise", j'espère que ce blog vous a plu et que j'aurai l'honneur de qlqs commentaires et critiques.<br /> je vais aller "espionner" le votre<br /> à bientôt<br /> amitiés<br /> charles<br /> <br /> <br />
C
L'apparence mais pas le chant donc, voilà une pie qui ressemble bien aux autres pies, le clinquant et rien d'autre. lolDécidément, j'aime beaucoup cette histoire.
Répondre
D
<br /> tu m'en vois ravi, merci<br /> <br /> mille poutounes<br /> <br /> <br />