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Cher Monsieur Alain Delon,
Ce que j’ai à vous narrer
N’est pas long.
Mais vous n’allez pas vous marrer,
Car l’autre jour à Grenoble,
Vous fûtes ignoble.
Vous montrâtes un manque de correction
Que je ne peux laisser passer.
C’est d’ailleurs la raison
Qui m’amène à vous adresser
Cette lettre publique.
Amis lecteurs, voici les faits.
Ils sont iniques.
Jugez plutôt, s’il vous plait :
A l’issue d’un séminaire professionnel
Organisé au Novotel,
Content d’en avoir fini,
Je m’apprêtais
A rentrer à Paris
Avec une comptable de la société.
Au bar, vous sirotiez un Campari.
Il était presque 17 heures.
Nous halâmes un taxi :
« Vite à la gare, chauffeur ! »
Et vous nous avez suivis.
Car
Vous preniez aussi
Le TGV de 17 heures un quart.
Le temps d’acheter les tickets,
Nous l’avions manqué !
Le train suivant ne partait qu’à
Vingt et une heures vingt.
Hé bien,
Vous m’avez planté là,
Dans le hall
Les bras ballants !
C’était pas drôle.
Et derechef,
Vous partîtes hardiment
Avec la chef
De la comptabilité clients,
Bras dessus, bras dessous.
Lecteurs, je vous dis tout.
Mais ça m’embête.
Lui, Delon, avait son chapeau sur la tête.
Elle, je précise, était mariée
Depuis quinze ans,
Trois enfants.
Elle riait.
Je la croyais
Sérieuse, fidèle.
Elle se voyait
Déjà au septième ciel !
Elle nageait en plein bonheur.
Vous, fidèles lecteurs,
Imaginez le tableau.
En deux mots :
Je les suivais
Cinq mètres derrière.
Je ne vous dis pas l’air
Que j’avais !
Se sont pas tournés une seule fois
Vers moi.
M’ont pas attendu.
On aurait pu
Dîner tous les trois,
Se taper une cloche de roi !
Non, ils m’ont laissé tomber.
J’en fus bouche bée.
Mais je me suis vengé
A ma façon,
Monsieur Delon.
J’ai voyagé
Dans un autre
Wagon
Que le votre.
Et j’ai mangé
Tout mon plateau-repas !
Dans la réalité, si
Delon me la joue ainsi,
Je lui tire les oreilles !