10ème épisode du roman « il faut que je rentre » Sensationnel roman de T. Leprince-Ringuet.
Je ne sais plus où c’est CHEZ MOI. Je n’ai plus de CHEZ MOI. CHEZ MOI, ce sont les autres. Elle fourra avec rage dans un sac le chapeau d’Etienne, la robe de Violette, un cardigan de Dominique, de la lingerie, un chemisier, le pantalon et les ballerines Monoprix qu’elle s’était achetés, pour cause de nécessité absolue. Mue par une morale bien à elle, elle n’avait pas voulu tirer des chèques sur le compte qu’elle partageait avec Clément.
Elle enfila sa grosse veste, ses gants, et le bonnet définitivement élargi de Clémence. Elle serra son manuscrit sous son bras, glissa la bandoulière de sa borsa à son épaule, attrapa ses sacs et éteignit la lampe d’un coup sec. « Non, je ne rentrerai pas, répétait-elle furieusement. Pour recommencer comme avant, merci bien. » Et elle redescendit l’escalier, avec l’impression d’être jetée à la rue.
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-Voilà. Comme tu le sais, Fabien, je suis mariée avec un homme charmant, et que j’aime. J’ai trois enfants adorables. Elle respira à fond et avala sa salive. -Toi, tu as un appartement très grand…Peux-tu m’héberger ?
-Mais je t’attends depuis huit jours, dit Fabien paisiblement, comme si la requête de Bérénice allait de soi. Je commençais même à me sentir un peu vexé. Il se pencha vers elle, et chuchota, en articulant exagérément : « je t’ai préparé la chambre du fond. »
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Installée, ses contraintes désertèrent tout à fait le cerveau de Bérénice. L’osmose entre elle et Mosca se fit si forte qu’en écrivant, elle redoutait maintenant l’autobiographie.
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« Elle vient d’arriver chez Dominique, se disait Bérénice. Elle n’a encore que quinze ans, alors qu’avec Fabien, j’en ai déjà dix. Je vais plus vite qu’elle ».
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Du salon, une voix cria son nom, se faufila dans les couloirs. Elle cria : « j’arrive. », rassembla ses feuilles, frappa fortement sur le formica la tranche du tas ainsi obtenu, celle du bas, puis celle de côté, afin d’en faire un rectangle bien net. Puisque aucun feuillet ne dépassait du paquet aux arêtes agréablement tranchantes, c’est qu’il contenait une œuvre de qualité. Si le tas était beau, l’histoire était bonne, « comme c’est la mienne, , il y a intérêt », pensa Bérénice.
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« Même si Fabien ne me met pas à la porte, je ne vais pas vivre à ses crochets. Je suis foutue. Impossible de rester, impossible de rentrer. Mosca n’avait jamais eu besoin d’une analyse, mais moi, je ne me suis pas retrouvée pour me reperdre. »
A SUIVRE…