Roman de T. Leprince-Ringuet
« Il faut que je rentre »
Extrait N°8
Rue du Bac, elle rejoignit Marco, le fils de la gardienne de son immeuble……. -Tu n’es pas à l’école ?.......... -il n’y a pas d’école le samedi………….Votre mari est couché, Madame Clément…..Il a la grippe……Maintenant que vous êtes là, vous allez pouvoir le soigner………. -J’ai oublié d’acheter des maquereaux pour le déjeuner. Tu vas monter dire que j’arrive tout de suite. Non, attends un peu. ………….. Elle extirpa de sa borsa un bic et une ordonnance médicale au dos de laquelle, elle écrivit comme elle put : « j’arrive dans un quart d’heure, rien de cassé, je t’aime, ta B. » -tu auras deux carambars. Dis bien que je rentre tout de suite………
…………………………………. Toute à ses pensées, Bérénice traversait lentement. Elle tourna la tête, et fut si surprise de voir qui la hélait ainsi par la vitre baissée d’une Alfa-Romeo, qu’elle s’arrêta sans réfléchir. Le feu passa au vert. Un crissement de pneus, un choc, une chute, une mobylette, et Bérénice se retrouva à demi-étendue à l’arrière de l’Alfa-Romeo. A ses côtés, une jeune femme lui ôtait sa botte gauche, tandis que le conducteur allait se garer un peu plus loin………….Il contempla avec intérêt la cheville de Bérénice qui saignait à travers le collant………………………..
-C’est parce que, Dominique, tu m’as appelée, et j’ai été si étonnée…Je ne t’ais même pas fait la bise, dis donc !..........Mais non, je n’ai rien, j’habite à deux pas…Il faut que je rentre, mon mari est mala… …………………………. Pourquoi cette saleté de Mosca m’a-t-elle fait partir ? J’étais bien chez mois en définitive.je ne me rendais pas compte. Je mélange tout. C’est moi qui l’ai fait partir, pas elle. C’était elle qui n’était pas bien dans sa peau, pas moi. C’est elle qui va faire une analyse, pas moi. Moi, je vais très bien, et je vais rentrer. -Bérénice, nous allons te déposer cinq minutes chez toi, rue de Grenelle. Tu pourras expliquer la situation à ton mari de vive voix. ……………… Expliquer en cinq minutes une absence de huit jours, elle était marrante, au fond…………. …………………………………………….. « Clément, il faut que tu m’écoutes sans te fâcher. Je sais très bien que cela ne se fait pas de filer ainsi à l’anglaise, que j’aurais dû te prévenir de mon départ, ou t’en expliquer les raisons après. Tu as dû être très inquiet, si, si. De plus, je t’ai laissé les enfants et la maison sur les reins, et je me demande comment tu as pu te débrouiller. Je suis très coupable. Mais avoue au moins que je reconnais mes torts. Si je suis partie sans préavis, ce n’est pas pour rejoindre quelqu’un –tu penses bien- et toi-même n’as pas dû le croire une seconde. Je suis partie, ne ris pas, Clément, pour cause de création littéraire. Oh, je sais, tout le monde hausse les épaules quand je commence un livre. Mais cette fois, c’est sérieux. Et les mystères, les exigences de la création littéraire poussent parfois à un comportement déraisonnable, voire incompréhensible pour les proches. C’est terrible mais qu’y faire ? Non, ne dis rien. Vois-tu, ici, trop de choses me distrayaient de mon œuvre. Le ménage, les enfants…Je n’étais pas malheureuse, loin de là, mais il faut comprendre que personne n’a jamais trouvé l’inspiration au fond d’un lave-vaisselle. Enfin tout ceci est terminé, je suis là, je vais reprendre les choses en main. » A SUIVRE…