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La femme du vent
Extrait N°7
Hébé n’avait pas trop d’illusions sur l’avenir des couples : elle savait observer. Pour le sien, son idéalisme occultait son bon sens. Non seulement elle ne tromperait jamais Julien et ne serait jamais trompée, mais jamais non plus traitée avec cette négligence bonhomme, cette semi-condescendance si fréquente dans les ménages, même ceux dits « excellents ». Elle se savait trop blessable pour supporter certaines réflexions désinvoltes, certaines petites traîtrises intimes, certaines brusqueries de langage dont les maris ne se privaient pas , et dont leurs femmes, bien obligées devant témoins, faisaient semblant de rire pour garder contenance. Hébé s’était jurée de ne jamais tremper dans ce bain-là. Et, pas plus que le sans-gêne conjugal, aucune tendresse routinière ne viendrait, avec le temps, prendre le relais de sentiments plus corsés : on avait beau prétendre que c’était normal, inévitable, que c’était la vie,, très peu pour elle. Elle ne laisserait pas Julien tomber dans l’habitude, et s’il connaissait le refrain, les couplets le surprendraient toujours. Elle, Hébé, resterait aimée, ce qui s’appelle aimée, autant qu’elle aimerait en retour. Elle laissait aux autres le plaisir de se faire marcher sur les pieds et d’avaler leur ration de trivialités quotidiennes, sous la rubrique : « c’est la vie. »
Tilise Leprince-Ringuet
A SUIVRE....