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T.Leprice-Ringuet

Roman de Tilise Leprince-Ringuet

 

AURELIO AURELIA

 

(extrait N°7)

 

-Enfin libre ! repart Aurelio avec sa monstrueuse inconscience……..A vingt-deux ans, l’arrogance me menait par le nez. Karl m’y poussant continûment, je jouais, buvais, menais grand tapage, brûlais la chandelle par les deux bouts……..Un bonheur ne vient jamais seul.

Je faisais connaissance d’une créature véritablement divine…….En sa compagnie, le tourbillon repartit de plus belle. Mon ami, quelle époque !

-une époque qui acheva de vous perdre, fait l’abbé sombrement.

-Karl Von Rosen était seul encore à détenir ce terrible secret dont je tremblais toujours qu’il ne vînt à être découvert……Lorsqu’il me voyait courtiser de près Rosalinde, ses regards goguenards…me mirent bientôt à la torture…redoutant sans cesse la publique dénonciation en sodomie, je tremblais dès qu’il ouvrait la bouche….il ne supportait plus ma maîtresse, grinçait des dents devant la splendeur de mes fêtes…je me pris à le haïr aussi violemment que je l’avais naguère idolâtré……je l’aurais voulu aux cent diables et Rosalinde avait fort à faire pour m’apaiser par ses baisers….Au mois de mai, il disparut pendant trois jours….

(De retour, Karl annonce son mariage)

-Tu te demandes peut-être où j’étais passé ? …Chez Breuil, mon petit Gonzague, car il demeure à deux lieues seulement de Bures-sur-Yvette.

-Bures-sur-Yvette ? mais c’est tout à côté de ma gentilhommière de Montjay !

-En ce cas, tu seras aux premières loges pour mes noces.

(Gonzague s’habille)

-Où vas-tu ?

-Chez V…Je compte jouer gros.

-C’est donc le hoca, ce soir ? J’en suis……et te fais le pari de te prendre ta mise.

-pari tenu, répondis-je………….

Nous ne pouvions encore savoir que cette mise-là engagerait notre double destin……..sous l’innocence des cartes, c’était l’épée meurtrière que nous voulions tirer.

-Si moi je gagne, je requiers ton hôtel du Marais, Montjay, et toute ta fortune……….

J’abattis mes cartes, il en fit autant, j’étais vainqueur…Se levant, il arracha de son auriculaire une émeraude enchâssée dans un lourd anneau d’or qu’il ne quittait jamais. La bague roula sous ma chaise.

-Ramasse, elle est à toi……………………………

Le lendemain, je courus chez ma maîtresse et pénétrai dans sa chambre. Jamais elle ne me paraissait aussi désirable que lorsqu’elle me recevait en négligé……….Rosalinde se leva : « Que signifie ces privautés, Monsieur ? »….je la crus fâchée de ma défection de la veille et voulus expliquer mon ivresse et ma lassitude. Cependant elle poursuivait : « Où vous croyez-vous ? Au tripot ? Chez le comte de Dreux, peut-être ? »

La foudre s’abattant sur moi ne m’eût pas fait un tel effet……….je dévisageais ma maîtresse.

-Qui vous a dit ? balbutiai-je.

-Votre ami von Rosen, mon cher ; il sort tout juste d’ici….Sachant à présent ce que je sais, je vous serai très obligée de ne plus remettre les pieds chez moi……..

Notez au passage qu’elle conservait par devers elle la très précieuse bague de Karl et mes coûteux et nombreux présents. Les femmes ne perdent jamais le nord…………..

Cette fois, il me fallait tuer Karl………..Vous vous souvenez de la richissime fiancée patientant à Bures-sur-Yvette ? C’était elle ma vengeance. (Karl étant parti en Prusse voir sa famille) J’avais deux grands mois pour entacher à jamais son honneur, et crédié, j’y parviendrai d’une façon ou d’une autre. Puis au soir des noces, j’avertirai le marié qu’il n’aurait pas la primeur et que l’épousée ne pouvait plus prétendre au titre de jeune fille. Karl s’en relèverait d’autant moins  que je me promettais de faire courir l’information dans la masse des invités, urbi et orbi, comme vous dites au Vatican.

Entrer en contact avec la future fautive ne présentait nulle difficulté. Il me suffisait de m’installer à Montjay la durée nécessaire. Les politesses entre gens du monde étaient d’usage courant à la campagne. J’irais saluer la mère, pensais-je, et la fille ne m’échappera pas.

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