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Tilise Leprince-Ringuet

Tilise Leprince-Ringuet

 

Son roman AURELIO-AURELIA (éd. Phébus)

Extrait N°6 :

 

Prompt comme l’éclair, je sortis de mon pourpoint un long bâton effilé et pointu : »Ah, tu veux du plaisir ? m’écriai-je en le lui enfonçant au bon endroit et en lui perçant les entrilles. En voici, carogne ! En voici, chien puant !.........................

En découvrant Beaujours exempt de toute blessure ou contusion, on conclurait à une aggravation de son mal, se peut à une attaque : aucune charge ne saurait être retenue contre moi. D’ailleurs ce fut le cas…………………………………………….

-bien, enchaîne le prieur. Le premier ayant son dû, au second………………….

…………………………………..

……………..Asservie, mal logée, mal nourrie, vêtue d’oripeaux, la Sarcelle – on la nommait ainsi en raison de ses jambes interminables – était une crâne fille, une fille à attraper cent fois la vérole et qui la contracta enfin d’un marin de la Chine………….Je te propose un marché lui dis-je un jour en entrant chez elle- ironie du sort, elle logeait à Paris, rue des Filles Repenties -, et la trouvant sur son lit, les traits bien altérés par les progrès de son mal……..Voici, poursuivis-je en m’établissant près d’elle. Je paie tes dettes, t’assure le pain, la viande et les remèdes indispensables jusqu’à ta fin………..Cela te va-t-il ?

-Je ne vois pas bien ce que je peux te donner en échange. Depuis que ce macaque à pompon m’a régalé de sa chaude-pisse, j’ai fermé boutique, comme tu sais……..

Je lui expliquais ce que j’attendais d’elle.

-Ah, c’est trouvé ! Ah, c’est tapé ! répétait-elle. Vrai, je n’aurai pas vécu pour rien !..........................

Le soir venu, je l’emmenais à Versailles,………..la fardais de la même guise que se fardaient les bougres pour leurs divertissements……….me mis en devoir de lui couper les cheveux……Puis la revêtis de l’une de mes culottes en soie cerise –elle était presque de ma taille-, d’une chemise à jabot……..bref, ce fut un très joli garçon………..que je conduisis à la nuit close jusqu’aux appartements  de Florent de Malterre……………..Maltrre releva sa grosse figure bouffie tandis que je poussais la Sarcelle devant lui……

-O con ! Le  joli drôle ! Les belles formes ! La blanche peau ! .............................................................................................................................................

-Il en crèvera, pas vrai ? ressassait-elle…………………………

Un mois s’écoula tout juste avant qu’on le mit en terre……………..

(Aurelio reprend sa confession) :

-Ces gens-là sont un vrai fléau ! Si votre Dieu se plaît à les laisser courir, il faut bien que d’autres se chargent de mettre un terme à leurs nuisances !

-Vous n’aviez pas à vous faire justice vous-même. Nul ne peut sonder les reins et les cœurs.

-Mais l’on dit aussi : « jugez l’arbre à ses fruits. Lorsque le fruit est vénéneux, on le jette au bourrier.

-Mon fils, je ne suis pas ici pour vous cautionner, mais pour vous dire que là-haut tout se paie, que seuls y sont admis les fruits purs et sains. Dans sa miséricorde, Notre Seigneur vous accorde encore un temps de lucidité : à vous de le mettre à profit pour implorer une grâce qu’il vous accordera sans parcimonie, en proportion de votre repentir.

-Si votre Seigneur est prodigue en pardons, il se doit de les accorder  préférentiellement aux bougres, car les assassins, ce furent eux……………….Je voulais pour mon Ecossais une mort plus douce………….(depuis l’affaire des poisons) , les familles regorgent de fioles et poudres qui n’avaient point été toutes détruites………..Je me mis à lorgner les vieilles lunes, tâchant d’en apprécier à la mine le degré de vertu ou son contraire, et prenant des renseignements sur la vie passée de chacune. Enfin, je trouvais mon affaire.

A cinquante ans, Louise de Ravelle avait perdu trois maris successifs………….l’oiseau rêvé…..Lui faire accroire que je l’adorais fut un jeu d’enfant. Honorer sa couche…j’y parvins en fermant les yeux……..Raffolée de ma personne, la vieille coquecigrue accepta ma déclaration (de mariage)……………….Devant un meuble de son cabinet de toilette, elle me dit qu’un certain flacon à demi empli – il avait donc déjà fait usage- d’une liqueur limpide lui venant de sa mère, et conservé « à tout hasard »…………Vingt gouttes dans un verre de vin……………………

-Bon. Vous me garantissez qu’il ne souffrira pas ? Nul ne pourra rien soupçonner ?...........

Ce soir-là, je fis monter un fastueux souper pour deux personnes…………….Je tendis un verre de vin de Champagne à Mac Graw…………………………Il but d’un trait…..et son menton s’affaissa sur sa poitrine…………..le décès de Malcolm fut imputé à un excès de table………..

Le révérendissime ne trouve plus la force de protester……Dreux, Beaujours, Malterre, Mac Graw,……jusqu’où Gonzague-Aurelio va-t-il s’enfoncer dans le crime ? N’est-il pas scandaleux d’avoir revêtu non la serge du bagnard mais la sainte bure ?

 

A suivre…

 

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