Politique,Actualité,Histoire, Ecologie,Littérature, sémantique, Poésie,Humour,Santé, Musique,fantaisies,dérision, divers
Tilise Leprince-Ringuet
Extrait N°4 de son roman AURELIO AURELIA (éditions Phébus)
Je me nomme en réalité Gonzague de Guyon-Chastel, et j’appartiens à une famille fort ancienne d’Isle de France dont le blason est de trois roses de sable sur fond de gueules en contre-hermine. Depuis le haut Moyen-âge, mes aïeux régnèrent sur Marly, une bourgade peu distante de la capitale et qu’ils furent contraints, plusieurs siècles plus tard, de céder à la couronne française. Louis le quatorzième y fit construire un château…………..
………………………………….
C’est à douze ans, précisément, que je dus dire adieu à cette vie douce et facile et que mes tourments commencèrent. Car, voulant parfaire mon éducation par la pratique et me transformer en gentilhomme accompli, mon père me donna comme page au comte de Dreux, lequel logeait à Versailles même…………..
Dans l’esprit borné (de mon père), Versailles, comprenant l’élite de la société, ne pouvait dispenser que les exemples les plus vertueux, les vertus les plus nobles et la noblesse de cœur et de mérite ………..
En l’occurrence, il eût été aussi bien inspiré de me mener tout direct au bordel.
-Mon fils ! Mon fils ! Dieu vous écoute !
-Alors, il sait de quoi je parle. Car pour bordel la cour l’était, et ne l’était pas à moitié, vous pouvez m’en croire, où prostitution et bougrerie se donnaient la main à qui mieux mieux.
Que voulez-vous, j’appelle un chat un chat, et François de Dreux la plus grande catin et le plus grand bougre de ce bordeau-là………………..Il aimait un peu les femmes et beaucoup les hommes et par-dessus tout les jeunes garçons……………………Le comte me vit entrer à son service de l’air dont le roi des animaux régalerait une gazelle égarée dans son antre. C’en était fait de moi et mon martyre dura cinq ans. Cinq longues années dont je ne peux, encore à ce jour, avoir souvenance sans avoir aussi le cœur aux lèvres et la rage aux poings…….Envisagez, ne serait-ce qu’un instant, mais de toutes vos forces, la meurtrissure, l’humiliation d’un garçon jeune, ombrageux, sensible que l’on déculotte sans ménagement, dont on pousse en avant la tête contre la courte-pointe d’un lit, contraint de présenter à nu la partie la plus intime de son être, subissant l’outrage abject les dents serrées de terreur et de dégoût……..
……………………………………………….
Or il avait trois amis, trois compères faits tous trois de la même farine, aussi âgés, aussi pervertis que lui, auxquels il fit part sous le manteau de son bonheur et de mes mérites, puis, ces deux premières années passées, qu’il convia sans façon à se joindre à ses divertissements………….Mon supplice passa alors les limites du supportable………….
-mais ne pouviez-vous avertir vos parents ? questionne le révérendissime.
-je n’aurais pas osé. Je n’entretenais plus grand commerce avec mon père et les mots pour lui conter la chose eussent été trop pénibles à rassembler………je pris le pli d’afficher un grand goût pour le sexe adverse et d’y mettre de la goujaterie, puisqu’à la cour l’extrême désinvolture envers les femmes signifiait qu’aucune ne vous était cruelle. A quinze ans, je troussais les chambrières au hasard des couloirs, j’embrassais devant tous leurs maîtresses entre les seins………………..Pour mon malheur, les bougres ne se lassaient pas de moi et s’enivraient de ma beauté naissante comme ils avaient profité de ma joliesse enfantine…………………………………………………..
J’entrais dans ma dix-huitième année lorsqu’un ange d’une espèce bien particulière vint me sortir de la boue……….Karl-Amédée von Rosen était mon aîné de deux ans