Honorine ou les imprévus de Versailles
Roman de Tilise Leprince-Ringuet
Extrait N°7
Honorine, dont l’esprit d’enfance l’emportait ce jour là sur l’esprit de cour, se mit en tête d’organiser une partie de cache-cache pour réveiller son monde.
Ludes enfouit sa perruque sous son coude replié et se mit à compter. Chacun s’envola. Suivie de messieurs Rouvre et Louis de l’Etoile, Honorine ouvrit une porte et se dirigea vers l’embrasure d’une fenêtre aux épaisses tentures de reps. La place était déjà prise.
Honorine poussa un cri étouffé, recula de trois pas et, soudain très pâle, serra fortement le dossier d’une chaise. Rouvre et l’Etoile accouraient.
-Auriez-vous trébuché, mon ange ? questionna Louis, anxieux et empressé.
-Oui, mais sur pas grand-chose. Plaignez plutôt mon mari : lui a chuté tout à fait.
-Eh, Madame, la plaisante riposte ! s’écria Rouvre, qui faisait profession d’esprit….
Détourné, la nuque pourpre, Honoré se rajustait à la diable. Plus posément, Madame de Chambray remettait elle aussi de l’ordre dans sa toilette…. Rhabillé, le vicomte se tournait agressivement vers sa femme :
-C’est fort bien fait pour vous, Madame. Vous n’aviez qu’à vous tenir tranquille. Quand on s’amuse à fouiner derrière les tentures, on en découvre plus qu’on en voudrait trouver. Au reste, ne vous avais-je pas prévenue, et dois-je vivre en anachorète pour la raison que je suis marié ? Non, n’est-il pas ? Aussi, épargnez-moi vos larmes et vos cris outragés. Et, bon Dieu, cessez de m’envisager ainsi.
-je ne crie ni ne pleure, répondit Honorine, et ne vous envisage pas. J’envisage Madame, que je trouve charmante et dont je vous fais compliment………………… ………………………………………
-Mon cher, disait au même moment Rouvre à Vilancourt, figé devant la fenêtre, laissez-moi vous dire que vous êtes un niais. Madame de Chambray ne manque pas d’appas, mais si j’étais, moi, marié à votre femme, j’en ferais ma maîtresse sur-le-champ et partagerais sans rechignera avec le roi. Oui, le Roi ! Je ne vous apprends rien, que je sache ! Qu’avez-vous ? Voulez-vous bien lâcher mon pourpoint ! mais vous m’étrangl..ez…De l’aide contre un fu…rieux…Ah, enfin ! Merci, Messieurs. Vous êtes devenu fou, Vilancourt ? Vous dites ? Demain à six heures au pré de la Grande-Motte ? Certes, j’y serai ! j’y serai……..
A suivre…