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Dans ses mémoires, madame de Staël raconte, qu’emprisonnée, elle a eu une aventure amoureuse (platonique ?) avec un voisin de cellule, le chevalier de Mesnil…et puis, tout un soudain, déception :
J’eus un vif chagrin lorsque le chevalier me demanda « de mettre à fonds perdu un remboursement qu’on lui avait fait. Cette vue me parut toute opposée à ce qui faisait l’objet et le soutien de notre liaison. J’en pris des soupçons de sa bonne foi, qui n’avaient eu encore nulle entrée dans mon esprit. Je les lui témoignais vivement ; et comme il ne voulait pas encore me perdre, il prit le parti de me rassurer, en changeant son projet, et me faisant de nouvelles protestations de la droiture et de la fermeté de ses intentions. Je le crus. Eh ! que ne croit-on pas, quand on a bien envie de croire.
Je rentrais dans la pleine confiance, et n’eus plus de tourments que de la durée de notre séparation.
Une femme est une déesse pour des prisonniers… »
Scène bien émouvante, ma foi. Peu de mots, mais bien choisis.
Tout de suite après, Mme de Staël apprend le décès de sa sœur :
« Je vis entrer sans précaution Mesnil dans ma chambre. Je fus surprise et effrayée. Malgré la tristesse où j’étais, il faut avouer, à la honte de la nature, que sa voix ne se fait guère entendre, quand quelque passion parle en même temps qu’elle…
Le matin je revoyais Mesnil ; et nous ne nous quittions guère. Je ne désirais plus d’autre liberté que celle dont je jouissais. Il ne me semblait pas qu’il y eut d’autre monde que l’enceinte de nos murs. C’est le seul temps heureux que j’aie passé en ma vie. Aurais-je cru que le bonheur m’attendait là, et que partout ailleurs je ne le trouverais jamais ? »
Là, en lisant ces lignes, on a dû bien pleurer d’émotion dans les chaumières !