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L’OURS ET LE LOUP N°64
C’est nous les loups (extraits des scènes 11 et 12)
UNE FEMME : Paris 1421. Les parisiens, déjà éprouvés par la guerre de Cent ans et le conflit entre les Armagnacs et les Bourguignons, connaissent à présent, la peur du loup.
Regardez ! Les loups sont si affamés qu’ils déterrent les corps ensevelis à la hâte dans les villages et dans les champs qui entourent la capitale.
Et voici qu’ils attaquent les êtres humains, surtout nous, les femmes et nos enfants !
UNE AUTRE FEMME : 1423. Les loups franchissent les portes de la capitale. On réussit à en tuer certains. Les voici qui passent, pendus par les pattes de derrière. Bravo ! Passants, donnez quelque récompense aux valeureux chasseurs.
Ainsi s’instaura « la quête du loup » dont l’usage s’est maintenu dans les campagnes jusqu’au 19ème siècle.
UNE AUTRE FEMME : 1438. Les loups sont dans Paris !
UNE AUTRE FEMME : Ils ont traversé la rivière Seine, ils nagent !
UN HOMME : Ils prennent les chiens à la gorge ! Ils les dévorent !
UN AUTRE HOMME : Ecoutez tous ! Ils ont mangé un enfant cette nuit, à la place des Chats, derrière les Innocents.
UNE FEMME : 1439. L’émotion est vive. 13 personnes, adultes et enfants, ont été attaqués dans les vignes et les marais situés entre Montmartre et la place Saint-Antoine.
UN HOMME : 16 décembre 1439. Les loups ont égorgé 4 femmes !
UNE FEMME : 19 décembre 1439. Les loups ont attaqué 17 personnes. 11 d’entre elles ont succombé à leurs blessures !
…………..
HENRI III : Nous, Henri le Troisième, Roi de France par la grâce de Dieu, en cet an de 1583, au 13ème jour de janvier, décidons la création d’un régiment de lieutenants de louveterie qui travaillera à l’extirpation des loups qui se sont accrus et augmentés en tel nombre qu’ils dévorent, non seulement le bétail jusqu’en basse-cour et étables des maisons et fermes de nos pauvres sujets, mais encore les petits enfants qui sont en danger. Enjoignons auxdits lieutenants de faire assembler un homme par foyer de chaque paroisse, avec armes et chiens propres pour la chasse des dits loups, trois fois l’année, au temps plus propre et plus commode qu’ils aviseront pour le mieux !
UN HOMME : Mais les louables intentions du bon roi Henri n’étaient pas suffisantes. Les loups continuèrent pendant des siècles à hanter nos campagnes.
……….
LE JOURNALISTE CHABERT : (le 6 décembre 1814), au moment où des femmes et des enfants étaient occupés à ramasser du bois mort dans la forêt de Chaingny, éloignée de 4 lieues d’Orléans, ils furent assaillis par une louve monstrueuse et affamée. Saisis d’épouvante et sans arme pour s’opposer à la fureur du féroce animal, 8 de ces malheureux et malheureuses furent grièvement blessés, 2 autres perdirent la vie.
Monsieur le baron de Talleyrand a ordonné sur le champ une battue générale dont il a voulu lui-même partager les dangers.
Une complainte populaire se répand dans nos hameaux…
UNE FEMME : (chantant) Venez mes chers amis,
Entendre les récits
De la bête sauvage
Qui court dans les champs,
Autour d’Orléans,
Et fait un très grand carnage.
L’on ne peut que pleurer
En voulant réciter
La peine et la misère
De tous ces pauvres gens
Déchirés par les dents
De cette bête sanguinaire.
Qui pourrait de sang-froid
Entrer dans ces bois,
Sans une extrême tristesse,
En voyant les débris
De ses plus chers amis
Ou de celle qu’il aime.
L’animal acharné
Et plein de cruauté,
Dans ces lieux obscurs,
Déchire par lambeaux
Emporte les morceaux
Des pauvres créatures.