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L’OURS ET LE LOUP N°62
C’est nous les loups (extraits de la scène 8)
Jean de La Fontaine : un loup n’avait que les os et la peau
Tant les chiens faisaient bonne garde.
Ce loup rencontre un dogue, aussi puissant que beau,
Gras, poli, qui s’était fourvoyé par mégarde.
L’attaquer, le mettre en quartiers,
Sire loup l’eût fait volontiers
Mais il fallait livrer bataille
Et le mâtin était de taille
A se défendre hardiment.
Le loup donc l’aborde humblement.
Entre en propos et lui fait compliment
Sur son embonpoint qu’il admire.
Le chien : Il ne tiendra qu’à vous, beau sire, d’être aussi gras que moi…
La Fontaine : Lui répartit le chien
Le chien : Quittez les bois, vous ferez bien,
Vos pareils y sont misérables,
Cancres, hères et pauvres diables
Dont la condition est de mourir de faim.
Car quoi ? Rien d’assuré,
Point de franche lippée,
Tout à la pointe de l’épée,
Suivez-moi, vous aurez bien meilleur destin.
La Fontaine : Le loup reprit :
Le loup : Que me faudra-t-il faire ?
Le chien : Presque rien. Donner la chasse aux gens
Portant bâtons, et mendiants.
Flatter ceux du logis.
A son maître complaire.
Moyennant quoi, votre salaire
Sera force reliefs de toutes façons.
Os de poulets, os de pigeons.
Sans parler de maintes caresses!
La Fontaine : Le loup, déjà, se forge une félicité
Qui le fait pleurer de tendresse ;
Chemin faisant, il vit le col du chien, pelé.
Le loup : Qu’est-ce là ?
Le chien : Rien.
Le loup : Quoi rien ?
Le chien : Peu de chose !
Le loup : Mais encore ?
Le chien : Le collier dont je suis attaché
De ce que vous voyez est peut-être la cause.
Le loup : Attaché ? Vous ne courez donc pas où vous voulez ?
Le chien : Pas toujours ! Mais qu’importe ?
Le loup : Il importe si bien que, de tous vos repas,
Je ne veux en aucune sorte et ne voudrait pas même,
A ce prix un trésor !
La Fontaine : Cela dit, maître loup s’enfuit et court encore.
Et voici pourquoi, peut-être, petits louveteaux, vous êtes de la race de ceux qui vivent libres ! Allons. Je dois aller. Le roi m’attend à la Cour. Vous voyez, moi aussi, en quelque sorte, je suis attaché…et sans doute beaucoup plus solidement que le chien de ma fable…
Bonsoir, profitez de votre liberté.
Petite-louve : C‘était bien, Papa-loup ! Encore des histoires !
Fiston-loup : Papa-loup ! Encore des histoires ! Encore !