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L’exceptionnel ménestrel Peire Vidal (poème N° 30/30)
Per melhs sofrir lo maltrait e l’afan
Pour mieux supporter les mauvais traitements
Et la tristesse qui d’Amour me viennent sournoisement
Et dont je ne puis me défendre,
Je ferai une chanson, facile à apprendre,
De mots courtois et d’un chant avenant.
Je fais effort sur moi-même, manant
Que je suis, car je n’ai ni cœur ni désir
D’écrire cette chanson ; je pousse soupirs
Et plaintes en ne voyant pas celle qui
Réjouit mon cœur. Il est si loin de moi le pays
Où vit celle à qui vont mes désirs :
Aussi ai-je perdu joie, allégresse et rire.
Je me donne à elle de tout cœur et sans tromperie,
Car je lui appartiens tout entier, à ma mie chérie.
J’aime attendre quelque faveur de celle que je supplie.
Dans mon cœur, Amour m’a fait inscrire sa grande beauté
A laquelle il n’y a rien à reprendre, jamais.
Son gentil corps est bien fait et bien formé.
Aussi, je suis son homme-lige fidèle et parfait.
Dieu ! Quand verrai-je le jour, le mois et l’année
Où de mes peines elle voudra me récompenser.
Je n’arrive pas à avouer (j’aurais plus de courage pour me pendre)
Mes sentiments quand je suis devant ma dame si tendre.
Je souffre pour son amour un si grand martyr
Que je suis déjà vaincu par la douleur et le désir.
Elle a grand tort, mais je n’ose le lui dire.
Elle peut me rendre heureux ou me tuer
Je n’ai pas le pouvoir de partir.
S’il lui plaisait de m’accueillir,
Je me verrais bien en fidèle habitué.
Elle m’aurait encore mieux
En son pouvoir ; elle me rendrait heureux.
Elle me ferait jouir d’une grande joie.
Si les choses allaient comme je les vois,
Je lui mettrais une couronne d’or sur la tête.
Saperlipopette ! (1)
(1) pardon, l’iconoclaste que je suis a ajouté ce dernier mot, pour la rime et le clin d’œil de connivence pour fêter la fin de cette série.