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JEANNE D’ARC
Entre 1845 et 1900, plus d’une dizaine d’ouvrages avaient été consacrés à des explications médicales et pseudo-psychanalytiques des « hallucinations » de Jeanne d’Arc.
Les républicains, particulièrement Jules Michelet, la transformèrent en une femme du peuple radicalement rebelle qui défendit l’honneur de la patrie trahie par les élites religieuses et aristocratiques.
Pour couper court à cette confiscation, la droite catholique et nationaliste, représentée par le célèbre monseigneur Dupanloup, entreprit alors de la métamorphoser définitivement en une sainte - bien qu’elle ne fût béatifiée qu’en 1920 pour donner un gage à la France victorieuse de l’Allemagne-, choisie par Dieu pour incarner le légitimisme monarchique, le nationalisme xénophobe et la supériorité du pouvoir religieux sur le pouvoir civil.
Mais pour être un catholique conséquent, rien ne devrait être plus ambigu et même plus louche que les « voix » de Jeanne d’Arc. C’est si vrai que, contrairement à la légende, ce n’est pas l’unique et affreux évêque Cauchon qui condamna Jeanne au bûcher, -car en définitive, les anglais n’y furent pas pour grand-chose mais une bonne cinquantaine de clercs, de docteurs en théologie de l’université de Paris, de diacres et de chanoines et même une vingtaine d’évêques représentant de nombreux diocèses, sans compter le représentant du pape.
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Elle avait commis aux yeux de n’importe quel prélat catholique un crime inexpiable à l’époque : elle proclamait qu’au-dessus de l’Eglise militante, c’-à-d. celle du pape, des évêques et des clercs, il existait une Eglise triomphante, celle de Dieu le Père, qui lui donnait, à elle, des ordres en direct ; ce qui d’un point de vue écclésiastique justifiait purement et simplement l’anarchie.
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Quand on demanda à Jeanne de se prononcer sur le cas de Catherine de la Rochelle qui prétendait elle aussi qu’une dame blanche (la Vierge, sans doute) lui était apparue et lui avait ordonné de faire partout la quête pour aider à financer les campagnes de Jeanne, elle lui conseilla de « retourner faire ses ménages ». comme on insistait pour avoir son avis, elle exigea de coucher deux nuits avec cette Catherine, et constatant que la « dame blanche » n’était pas apparue, fit valoir qu’il s’agissait d’une totale imposture…en fonction de quoi Catherine témoigna contre Jeanne lors de son procès.
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Après Reims, Jeanne entreprend de libérer Paris tombé aux mains des bourguignons.
Or, il se trouve que les parisiens (parlement, université, prévôt des marchands et échevins en tête) n’ont absolument aucune envie d’être libérés et détestent le parti Armagnac (celui de Jeanne) dont ils accusent les soldats et les reîtres de se livrer à des pillages et atrocités en Ile de France. L’assaut se heurta à une résistance acharnée et échoua lamentablement, après que Jeanne eut été blessée.
Dans les registres du parlement de Paris, on peut d’ailleurs lire : « même si les Armagnac avaient été 4 fois plus nombreux et mieux armés, ils n’auraient pas pris la ville, car les habitants s’étaient bien unis pour résister à l’assaut. »
…Tout commence, en fait, par un adultère. Au début du XVème siècle règne sur la France un prince foldingue. Charles VI, quand il ne massacrait pas ses proches, se lacérait le visage et déchirait ses vêtements pour un oui ou pour un non. Il s’imaginait être de verre et exigeait pour cette raison, une protection toute spéciale. Il fallait le baigner et le changer de force car il s’y refusait obstinément. Il est vrai qu’à l’occasion d’un bal masqué, il s’était enduit de poix pour se déguiser en volaille. Et il avait failli finir ses jours en poulet rôti. L’histoire a retenu ce drame sous le nom de « bal des ardents ».
Rosser volontiers son épouse était dans l’ordre des choses. Elle, Isabeau de Bavière finit par en ressentir un certain dépit…et devint folle de son corps. Elle se donna de plus en plus à des amants, dont l’un d’entre eux n’était autre que Louis d’Orléans, son beau-frère, qui in fine, lui arrondit les formes. Cette frivolité sexuelle permettra de soutenir que l’ineffable bergère était le fruit des aventures extraconjugales d’Isabeau, en particulier de sa liaison avec Louis d’Orléans…et que l’enfant bâtarde fût mise en nourrice à Domrémy.
Enfin et surtout, les frasques de la Reine-Mère jetèrent une forte suspicion sur l’origine paternelle de son dernier fils, le Dauphin et futur Charles VII, dont elle laissa entendre clairement, quand elle le déshérita, qu’il était le fruit d’amour illégitimes.
Sans ce soupçon sur la légitimité royale de Charles VII, il n’y aurait jamais eu Jeanne d’Arc.
….Par ailleurs, comment se fait-il que la jeune paysanne sache d’emblée caracoler sur un fier coursier harnaché pour la guerre ? et comment expliquer qu’à 17 ans elle soit si bien au courant des intrigues de la cour du dauphin ? (reçue par le Duc de Lorraine, elle lui parle de sa vie dissolue comme si elle n’en ignorait rien)
Qui lui a appris l’équitation et le maniement de la lance ? Alors qu’elle est totalement illettrée, qui l’instruit des arcanes de la haute politique ? Que Yolande D’Aragon, la belle-mère du roi, ait monté l’affaire ou non, le résultat est le même : l’action psychologique de Jeanne renverse le cours de l’Histoire.
(J.F. Kahn)