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Toute la musique que j’aime N°22
Coleman Hawkins et Lester Young
Deux géants du saxophone ténor, qui jouaient à la même époque et pourtant dont les styles sont fondamentalement opposés.
Le critique allemand Berendt n’hésite pas à considérer Hawkins (the Bean, l’Haricot) comme le Rubens du saxo et Young (the President, le Pres.) comme le Cézanne de son instrument.
Le chef d’œuvre d’Hawkins est « Body and Soul » (1939), digne de figurer dans toutes bonnes discothèques.un de ses meilleurs solos : « ghost of chance » avec l’orchestre de Cab Calloway
The Bean est né en 1904, décédé en 1969.
De 1923 à 34, il joue dans l’orchestre de Fletcher Henderson ; au début des années 40, il fait partie de celui de Duke Ellington.
Sonorité volumineuse, souvent érotisées, lignes mélodiques mouvementées, improvisations rhapsodiques ou impétueuses sont ses caractéristiques.
Le Pres. (ou Prez) -1909-1959- a la sensibilité d’un Baudelaire ou d’un James Joyce, poursuit Berendt. Il est le seul, à l’époque, à ne pas suivre l’expression d’Hawkins. Il joue avec une sorte de feinte nonchalance, survolant aristocratiquement les barres de mesure et surprenant l’auditeur par sa sonorité rêveuse, feutrée.
une méchante langue (pateuse?) disait que Lester buvait énormément. sa boisson préférée était un mélange de whisky et de pastis pur...sans jamais être ivre
Il a commencé par jouer de la batterie, mais nous dit André Francis : il a abandonné cet instrument car le temps qu’il passait à remballer son matériel l’empêchait de suivre les jeunes filles qui s’intéressaient aux musiciens…
Lester, (et c’est le seul musicien) a eu une double influence sur la génération suivante du jazz : le be-bop et le cool. (dixit A.Francis) :
En mettant en valeur indifféremment n’importe quel temps, en compliquant l’architecture mélodique, en incorporant à son discours des conceptions rythmiques nouvelles, il annonce le be-bop.
De l’union ‘tension-détente’, il avantagea la détente.
Le jazz y gagna en légèreté, souplesse, fluidité, relaxation qui devaient être à l’origine du style cool.
André Hodeir raconte : mobilisé en 1944, Lester ne parvient pas à s’adapter à la vie militaire.
Il souffre du préjugé racial. De l’armée, il revient amer, désabusé, démoralisé. Les sévices qu’il a subis à l’armée vont le marquer profondément.
Dans la vie, c’est un grand solitaire, peu communicatif, sujet à d’étranges peurs, à des phobies.
Hypersensible, il dissimule derrière un nuage d’humour, beaucoup d’inquiétude. Son son est très beau, son jeu parfaitement équilibré, la phrase légère, aérée.
Nat Hentoff : « Lester Young a apporté au jazz une totale décontraction dans l’acte de création spontanée. »
Peu avant sa mort, il enregistre un superbe 33 tours avec Teddy Wilson au piano.
Bien des années avant, il fallait le voir (à la télé, j’ai enregistré la séquence sur K7) et l’entendre parler par le truchement de son saxo à Billie Holliday. (une déclaration d’amour ? ou plus vraisemblablement l’expression de sa douleur qu’il confiait à son amie, à sa complice, la divine chanteuse)
E , elle, Billie, un petit sourire aux lèvres, hochant doucement la tête, semblait lui dire : « je te comprends. »