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Chapitre 13 : observations non dénuées de bon sens
Toute la musique que j’aime
De Lucien Malson :
« Il y a entre la naissance du bop et les premiers disques d’Ornette Colemen, la même distance à peu près qu’entre l’apparition du Hot Five d’Armstrong et l’enregistrement de « ko-ko » par Duke Ellington….le jazz moderne prendra sa place dès que l’on disposera d’une chronologie…dès que l’on distinguera ce qui se trouve pour l’instant emmêlé. »
Du chanoine-député Kir :
Il lance l’anathème, en chair de Dijon : le jazz est coupable de corrompre les mœurs de la jeunesse. (bon sens ? ou le chanoine avait-il un peu forcé sur son apéritif préféré ?)
Du ministre de l’Education Nationale Lapie :
En 1950 : « le jazz est le seul effort d’imagination collective depuis la fin de l’art de la conversation. »
Arthur Honegger : (en 1950)
« Le jazz a été trop souvent considéré comme une mode, mais une mode qui dure depuis 25 ans n’est plus une mode, c’est une époque. »
Michel Dorigné (auteur dramatique) :
En 1966 : « l’influence de Bach sur Fats Waller est aussi indéniable que celle de Debussy sur Errol Garner. ».
Le pianiste français Jacques Loussier, pour sa part a fait un tabac lors de ces interprétations à partir des préludes et fugues de J.S.Bach ( ‘play Bach’)
« Je ne cacherai pas que je ressens un anachronisme certain à l’audition d’orchestres de Revival, comme en entendant en 1966, une pièce nouvelle en alexandrins classiques. »
« Faire revivre une tradition (le jazz Nouvelle-orléans des années 1920-1930) n’apporte rien sur le plan créateur. »
« A l’origine, les Blancs ont du mal à s’adapter à la manière de jouer des Noirs, par le fait même que le Noir essaie de reproduire sur l’instrument une sorte de tradition purement vocale
Grâce à des inflexions et à des sonorités qu’il est seul à pouvoir engendrer. Si le jazz est un langage, comment un Blanc pourrait-il s’exprimer avec autant d’aisance dans un idiome qui lui est étranger ? Il conserve un mauvais accent comme celui qui nous fait reconnaître un anglais, un russe, un allemand, s’exprimant en français. Son style s’en trouve automatiquement abâtardi. »
André Hodeir, grand musicologue :
« Certaines musiques vieillissent, d’autres restent. »
« Toutes les écoles de style vieillissent, certains styles d’homme demeurent. »
George Gershwin :
« Je considère le jazz comme une musique populaire américaine, non la seule, mais bien celle qui fait partie de l’âme du peuple américain plus profondément que tout autre genre de musique. »
A ce propos, on demandait un jour à Duke Ellington « interprétez-vous du jazz ? » Il répondit : « de la musique noire américaine. »
Gershwin poursuivait : « le mot jazz a été employé pour au moins 5 ou 6 différents genres de musique : rag-time, blues, spirituals…Le jazz, c’est la somme énergétique d’expression accumulée par l’Amérique. »
Chapitre 13 bis
Toute la musique que j’aime
Quelques mots de vocabulaire :
Le break est une courte phrase exécutée par l’un des musiciens pendant la « pause » d’une
mélodie de jazz.
D’après le dictionnaire du jazz (madeleine Gautier et Hughes Panassié)
« le piano-stride » : il s’est développé à Harlem dans les années 1920-1930 grâce à des pianistes remarquables (Willie Smith « the lion » né dans l’état de New-York en 1893, James P. Johnson, né dans le New Jersey en 1894, etc.)
« Stride » signifie « enjambée ». Le mot décrit les étonnantes enjambées, si l’on peut dire, faites à toute allure sur le clavier par la main gauche du pianiste : une basse sur le temps fort, un accord plaqué dans un registre plus élevé sur le temps faible, tandis que la main droite expose le thème ou brode des variations.
Le « riff » est une phrase courte destinée à être répétée, généralement sur deux mesures.
Il dynamise le swing. Le champion du riff est l’orchestre de Count Basie.
Les Fakers : les Noirs, au début du 20ème siècle, font comme les enfants qui veulent répéter une phrase difficile, ils imitent ce qu’ils entendent. Les musiciens de fanfares Blancs fanfaronnent, traitent les Noirs de musiciens à la noix (Fakers).
Mais les fakers accentuent leurs ‘défauts’, ainsi trouvent-ils leur personnalité. Ils brodent et improvisent : c’est déjà le jazz.
La bamboula : un des tambours ramené d’Afrique, fabriqué en bambou, donnera son nom aux danses pratiquées au début des années 1900, voire avant : la bamboula.
Uptown : = Harlem
Downtown : = Greenwich Village
Vipers : ce mot fait partie de plusieurs titres ( viper’s drag, song of the vipers, par ex.)
Dans les années 1930, les musiciens utilisaient ce terme pour désigner la marijuana ; ils disaient aussi « the tea » ou « muggles » ou « jive » (drogue, en argot)
On fume de la marijuana pour avoir de l’inspiration. Parker, B. Holliday, etc. En moururent.
En 1957, certains night clubs fermaient leurs portes à certains jazzmen qui s’adonnaient à la drogue (Th. Monk, par ex.)
Alligator : fan de jazz
Cat : amateur de jazz, en argot.
D’après H. Panassié, Michel Dorigné, et J.M. Leduc.
La new thing (ou free jazz) : une tendance qui bouleverse le jazz (Archie Shepp, Ornette Coleman…)
Ces musiciens rejettent la tradition : c’est le vers libre face à l’alexandrin, le rejet de la base harmonique préétablie.
A. Shepp : saxo-ténor noir.
O. Coleman, né en 1930, était un des partisans de ce jazz libre. Il jouait d’un saxo alto en plastique. Il sacrifia la métrique traditionnelle à l’improvisation pure.
Eric Dolphy : Dorigné dit seulement « sax moderne »…
Keith Jarret : pianiste remarqué dans le quintette de Ch. Lloyd.
Excellent soliste.
Steve Lacy : né en 1934, il est le premier spécialiste de saxo soprano en modern jazz.
Citons aussi : Don Cherry, Cecil Taylor, Mingus.