D’après « La vie de Guy de Maupassant » (de Paul Morand) :
SA MERE
La mère de Guy, épouse Gustave de Maupassant, est née Laure Le Poittevin. Elle est normande, issue d’une famille de grands armateurs de Fécamp. Son père est agent de change à Paris. En Normandie, dans son port d’attache Etretat, elle possède une villa « les Verguies ».
Elle vit dans un milieu intellectuel. Elle est délicate, intrépide, et indépendante. Mais elle est désaxée, tourmentée. Elle tentera par deux fois de s’empoisonner. Elle est pourtant une femme très exceptionnelle, par ses dons artistiques, en particulier. Il est sûr que son fils Guy tenait d’elle son talent de conteur.
Plus tard, quand il sera à court d’inspiration, c’est à sa mère qu’il demandera des sujets pour ses nouvelles.
Au jeune Guy, elle fait lire du Shakespeare et apprendre le latin. Quant à son autre fils, Hervé, il ne fera jamais rien de bon.
Elle mourra à Nice le 8 décembre 1904.
SON PERE
La famille Maupassant, elle, est originaire de Lorraine où elle a été anoblie au milieu du XVIIIème siècle par l’empereur François 1er d’Autriche.
En fait, la particule apparaît dans la famille dès 1660, mais les ancêtres de l’écrivain ne portaient pas le titre. Lui, dès 1874, possède du papier à lettres armorié. Et rien n’empêchait Maupassant de se faire appeler Monsieur le Marquis, puisque lettres patentes il y avait.
Gustave se sépare de sa femme après quelques années de mariage (vers 1860).
Bel homme mais léger, peu intelligent, coureur et dépensier, il ne comprend pas sa femme ; il la trompe, va boursicoter à Paris, et manque toujours d’argent.
Il meut à Sainte-Maxime le 24 février 1899.
LUI-MEME
En mars 1872, étant trop à la charge de sa famille, il est instamment recommandé et enfin accepté comme surnuméraire au ministère de la Marine, Service des Approvisionnements de la flotte. Il y restera jusqu’au 7 novembre 1878.
En 1873, le voici délégué du Chef du Bureau du service intérieur au magasin des imprimés.
Il touche 1500 francs par an. Pour cette modique somme, la France enrichira sa littérature de types tels que Torcheboeuf, de « l’Héritage », M. Oreille du « Parapluie », suivis de M. Patissot, le père Boivin, M. Rade, M. Perdrix, etc.
Depuis 1876, il publie des chroniques dans journaux et revues sous divers pseudonymes : Maufrigneuse, Guy de Valmont, Joseph Prunier…
Dès mai 1876, il est souffrant : douleurs d’estomac, troubles cardiaques…
Il consulte un spécialiste qui lui déclare qu’il est atteint d’un commencement d’empoisonnement
Par la nicotine
Fin 1878, il est attaché au Cabinet du Ministre de l’Instruction publique, un milieu plus lettré que celui de la Marine.
En plus de son appartement parisien, il possède une villa à Etretat « la Guillette » et un yacht « le Bel Ami », ancré sur la Côte d’Azur.
Au plan politique :
« Merde pour la société » écrit-il à Flaubert le 10 décembre 1877.
A Catulle Mendès qui lui avait proposé de l’introduire parmi les Frères Trois Points, Maupassant avait répondu : « (si j’acceptais) je me trouverais mis à l’index par une grande partie de ma famille. Par égoïsme, méchanceté ou éclectisme, je ne veux n’être lié à aucun parti politique, à aucune religion, à aucune secte, à aucune école…pour conserver le droit d’en dire du mal. »
Cette indépendance d’esprit restera une des caractéristiques de Maupassant jusqu’à la fin de sa vie qu’il terminera célibataire et non décoré.
Ses sympathies, sa nature, son comportement l’entraînent à gauche sur l’échiquier politique, mais son ambition à droite.
En politique, Maupassant, simpliste, a trois principes :
-Le gouvernement d’un seul est une monstruosité.
-Le suffrage restreint est une mystification.
-Le suffrage universel est une stupidité.
Deux mots sur son style :
Le style de Maupassant, tout comme celui de ses amis Zola, Flaubert…, rompt avec celui des ‘romantiques’. Il écrit simple par nature ; il est doué du génie de l’ordinaire.
Revenons à sa maladie :
En mars 1880, son médecin lui laisse entendre qu’il a une paralysie de l’œil droit inguérissable. Il a trente ans. Il s’enivre à l’éther pour combattre ses névralgies intolérables, puis du haschisch et plus tard, il se pique à la morphine non seulement pour soulager sa douleur mais aussi pour essayer de lui rendre l’inspiration.
Flaubert écrit : « Guy souffre beaucoup. Il a probablement la même névrose que sa mère. »
Le 1er janvier 1892, à en croire son valet de chambre, le fidèle Tassart, Maupassant tentait de se suicider.
En simplifiant :
1870 : excès vénériens et alcooliques, doublés de prouesses sportives exagérées.
1876 : contamination (syphilis ?), premiers troubles cardiaques.
1877-78 : mélancolie, violentes migraines.
1880 : troubles oculaires graves.
1882 : premiers phénomènes de hantise.
1883 : production littéraire et sexualité excessives. Angoisses.
1884 : troubles intestinaux, émotivité.
1885 : hallucinations, premiers phénomènes de dédoublement.
1888 : premiers symptômes de mégalomanie.
1889 : crampes, phénomènes d’autoscopie, les troubles oculaires se poursuivent.
1890 : délires des grandeurs, hypertrophies olfactive et auditive. Sombres pressentiments. Sénilité (il a 40 ans), visage au teint briqueté, paralysies momentanées des jambes, difficultés de parler.
1891 : déraison, crises de démence, tentative de suicide : Tassart le trouve sur le palier la gorge ouverte à coups de coupe-papier. Il dit à son valet : « Voyez, c’est un cas absolu de folie. » Et à son médecin : « Ne croyez-vous pas que je m’achemine vers la folie. »
1892 : gâtisme, internement à Paris (Passy). Goncourt écrit (janvier 1893) : « Maupassant est en train de s’animaliser. » De fait, on le surprend à quatre pattes léchant les murs de sa cellule.
1893 : camisole de force, convulsions – Fin –
Le 6 juillet 1893, il s’éteint ; il a 43 ans.