‘Les guerres de religion’ – Pierre Miquel :
HENRI IV
Article dédicacé à François Bayrou, qui vient d’annoncer sa candidature à la mairie de Pau, et qui a lui-même écrit un ouvrage sur le Vert Galant.
Henri III est assassiné par Jacques Clément.
A cette époque, un dixième des français, mais 50 pour cent de la noblesse, contrôlent pendant plus d’un quart de siècle près de la moitié du royaume. Le roi ne maintient l’intégrité de son pouvoir qu’au nord de la Loire.
Henri IV est fiancé à l’âge de quatre ans à ‘madame Marguerite de France’. Il s’installe à la cour avec sa mère dès l’âge de sept ans car son père vient d’être nommé lieutenant général du royaume. A huit ans, il a déjà changé deux fois de religion. A neuf ans, il est nommé Gouverneur de Guyenne et amiral…
C’est un cavalier infatigable. Il s’est formé dans les randonnées en montagne et les parties de chasse à l’ours.
A l’accès à la couronne, il a neuf rivaux dont son neveu le duc de Guise, le duc de Nemours, le duc de Savoie…
Le Pape a condamné Navarre et sa ‘race impie’. La bulle de 1584 condamne la prétention au trône du Navarrais.
On ne compte pas les libelles contre ‘la vie, les mœurs et débordements de Henri Béarnais’.
Avec l’aide de la propagande espagnole (Philippe II), le soi-disant roi de Navarre est présenté comme l’antéchrist, l’ennemi de l’Eglise.
C’est lors d’une attaque contre les Wallons qu’Henri IV s’écria : « Mes compagnons, Dieu est pour nous, voici ses ennemis et les nôtres, voici votre roi. A eux ! Si vos cornettes (1) vous manquent, ralliez-vous à mon panache blanc, vous le trouverez au chemin de la victoire et de l’honneur. »
En juin 1590, les vivres manquent. Le blé atteint des taux considérables (2). A chaque carrefour, cuit pour les affamés une soupe indigeste d’avoine et de son. En ville on ne rencontrait que chaudières d’herbes cuites sans sel, marmites de chair de cheval, d’âne et de mulet. Même les cuirs se vendaient cuits. Un témoin dit avoir vu manger des chiens morts tout crus et des os de chiens moulus. Un autre a vu des serpents courir dans les rues. On réduit en poudre les os des morts, avec de l’eau on en fait du pain : les affamés en moururent aussitôt. On se livre dans les rues à la chasse aux enfants « pour les manger à belles dents ».
Au printemps 1593, Navarre est à Mantes la jolie, amoureux fou de Gabrielle d’Estrées. Il attend le résultat de la conférence de Suresnes entre catholiques et protestants. Son choix est attendu par les français : de lui dépend la paix. Le roi accepte de se convertir. Il demande à des évêques et curés de venir le 15 juillet à Mantes faire son éducation religieuse. Il ne passe pas d’une foi à une autre. Il garde la sienne.
Par contre « il change d’Eglise »
A la basilique de Saint Denis, il jure de mourir dans la religion catholique. Il entend la messe et communie. A la sortie, la foule l’acclame.
Il promet que le rétablissement du culte catholique dans les églises désaffectées ne se fera pas aux dépens des temples. Les huguenots pourront partout organiser leur culte. Ainsi les protestants maintiennent leur confiance dans Henri IV. Il a gagné la partie.
Reims étant aux Guise, il sera sacré à Chartres où sa famille possède une chapelle. Le 27 février 1594, le roi se lève à trois heures du matin pour se préparer. A six heures, il envoie quatre seigneurs chercher la Sainte Ampoule de l’abbaye de Marmoutier, celle qui jadis avait guéri Saint Martin. Celle de Reims était aux mains des Guise.
La guerre pourtant n’est pas finie. En douze ans, il échappe à douze attentats au moins, avant de recevoir le coup fatal par Ravaillac, rue de la Ferronnerie, en mai 1610.
Ravaillac est un fanatique venu de l’Angoumois. Il est ‘valet de chambre-maître d’école’.
Louis XIII n’a que neuf ans.
Marie de Médicis est régente.
(1) il ne s’agit pas de religieuses. Le cornette était l’officier qui portait l’étendard de cavalerie.
(2) tiens, comme aujourd’hui (note de C.D)