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~d'après MADEMOISELLE FIFI

Depuis le début de la guerre, Plusieurs officiers Allemands Avaient réquisitionné Le vieux manoir de Lorière.

Un soir, le major a convié Cinq pensionnaires d’un bar de Rouen …Pour distraire ses compagnons. Un petit lieutenant blondin, Le marquis Wilhem von Weingstein, Dit Mlle Fifi, chargé de l’organisation Des festivités, les introduisit au salon. Wilhem devait son appellation De ‘mademoiselle’ à son maintien coquet Et à son corps si menu Qu’on l’aurait cru Serré dans un corset. Quant à son surnom Fifi, il le devait À l’ancienne locution française "fi, fi, donc" Qu’il employait sans arrêt Pour exprimer son mépris démesuré Des Normands et de tous les français.

Fifi avait ordonné au curé : « En l’honneur de nos invitées Vous ferez sonner les cloches. » Mais le prêtre avait décidé Que son clocher resterait muet Tant que les Boches Occuperaient l’endroit. Wilhem eut beau user de grâces félines, De cajoleries féminines, Des douceurs de sa voix Digne d’une maitresse affolée par une envie. Rien n’y fit.

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Afin d’éviter toute discussion, Et tout soupçon de partialité Wilhem fit aligner les filles Contre le mur comme des quilles Et demanda à la plus grande : -« Ton nom ? » -« Fernande. » -« Adjugée au Commandant ! » Puis, ayant salué la seconde, Une grosse blonde, La boulotte Amanda, Il l’offrit à Fritz, un des lieutenants. Et cetera… Lui, choisit une brunette, La plus petite, Annette.

Une heure plus tard, les prostituées Soûles aux premières bouteilles de vin, Chantaient des couplets français, tombaient sur le ventre de leurs voisins, S’attachaient à leurs lèvres Et buvaient dans tous les verres. Bientôt les officiers, excités Par les femmes étalées Sous leurs mains et sous leurs nez Hurlaient et s’affolaient, Brisant verres et assiettes.

Mlle Fifi avait assis Annette Sur ses genoux, et, s’animant, Il la caressa follement. Puis il la pinça avec fureur, la faisant crier. Alors, saisi d’une rageuse férocité, Il l’étreignit Comme s’il avait voulu la mêler à lui, L’embrassa à perdre haleine Et soudain lui mordit de haine Le bout du nez.

Du regard, Annette l’a fixé Et lui lança : -« Ça va se payer cela ! » Il eut un rire dur : « Je payerai. » Le capitaine leva son verre et déclara : -« À nos victoires sur les cœurs ! » Wilhem se dressa et hurla : -« À notre victoire sur les Français ! » Alors, Annette, tel un gladiateur, Lui répliqua : -« J’en connais des Français Devant qui tu ne dirais pas ça. » -« Ah ! Ah ! Je n’en connais pas ! Sitôt que nous paraissons, ils foutent le camp ! »

La fille, exaspérée, cria : -« Salaud, tu mens ! » Wilhem, fixant ses yeux bleus sur elle, Répliqua : -« Ah ! Oui, parlons-en, la belle. Serions-nous ici, s’ils étaient téméraires ! À nous la France ! Nous sommes leurs maîtres À nous la France, À nous ses maisons, ses bois et ses champs. »

Les autres saisirent leurs verres en vociférant : -« Vive la Prusse ! » et les vidèrent d’un trait. Annette, impuissante à répondre, se taisait. Alors Wilhem posa sur la tête de sa compagne Une coupe de champagne Et cria : -« À nous aussi les femmes de France ! » D’un geste, Annette fit tomber le verre Qui se brisa à terre. Du regard, elle brava l’officier Et balbutia d’une voix étranglée : -«Non, vous n’aurez pas les femmes de France. »

Prenant volontairement L’accent allemand, Mlle Fifi Répondit : -« Elle est pien ponne, Pien ponne, Qu’est-ce que tu fiens faire ici alors, betite ? » Tout d’abord interdite, Annette se tut, puis indignée Et véhémente, elle lui a jeté : -« Moi ! Moi, Je ne suis pas une femme, moi. Je suis une putain. C’est tout ce qui convient à des Prussiens. » Alors, Mlle Fifi gifla Anette à toute volée. Affolée de rage, celle-ci saisit sur la table Un couteau à lame d’argent Et lui enfonça dans le cou profondément.

Fifi eut un regard effroyable Et s’effondra sur le parquet. Tous voulurent se saisir d’Annette Mais elle avait couru à la porte-fenêtre Et s’était élancée Avant qu’on ait pu l’attraper. Deux minutes après, Fifi décédait. Les officiers s’apprêtaient À massacrer les prostituées Quand, non sans difficultés, Le major les en a empêché.

Ensuite, cet officier Fit réveiller tous les soldats Qui dormaient dans les granges des environs Et ordonna De poursuivre et arrêter Annette. Il fit fouiller le parc, les bois, les maisons. Bref, toutes les cachettes. Annette ne fut pas retrouvée. Le lendemain, le major ordonnait Au curé de sonner Les cloches à toute volée Pendant l’enterrement du marquis. Le desservant obéit .Lors de la mise en terre, Les cloches tintèrent.

Au soir, elles sonnaient. Le lendemain aussi Puis tous les jours suivants, et parfois la nuit. Les paysans les crurent ensorcelées. Personne n’osait plus s’approcher du clocher Sauf le sacristain et le curé. C’est que là-haut, Annette s’était réfugiée, Nourrie en cachette par le célébrant. Elle y resta jusqu’au départ des Allemands

Le général allemand Étouffa l’affaire Pour ne point donner Le mauvais exemple à l’armée. De plus, il frappa le commandant D’une peine disciplinaire sévère.

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Published by Melchior

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