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27 octobre 2016 4 27 /10 /octobre /2016 08:32

D’après Maupassant (7/19)

 

AUTRES  TEMPS

 

Gros homme asthmatique,

Le juge de paix,

Siège devant une table napée

De feutre vert

Empestant l’encaustique.

Flanqué de sa greffière,

Il lui parle lentement

En expectorant souvent.

 

Au fond de la pièce, à droite, des paysans

En blouses bleues, casquettes sur leurs genoux,

Sont assis sur un banc branlant.

Pour leurs affaires, ils préparent mentalement

Leurs meilleurs arguments.

 

La plaignante, debout de l’autre côté,

Est appelée par le juge de paix.

C’est une normande,

La cinquantaine couperosée, grande,

Sèche et pointue.

Le prévenu

Est un pauvre hère de vingt-huit ans.

Elle et lui se lancent des regards méchants.

Lui, est assisté par son père,

Un fermier sans caractère

Et par sa femme, une chair à reproduction

Bonne à primer dans une compétition.

 

Veuve, la plaignante avait réservé

Le jeune dépravé

À ses plaisirs peu innocents.

En remerciement,

Elle lui avait donné quelques arpents.

 

Jugeant être doté suffisamment,

Le prévenu avait contracté

Mariage…et délaissé

La vieille, qui, exaspérée,

Voulait récupérer son bien :

Ou le garçon ou le terrain.

 

Le juge avait écouté

La plainte avec perplexité

Et interrogeait le prévenu maintenant :

-« Pourquoi vous a-t-elle donné ces arpents ?

Qu’avez-vous fait pour les mériter ? »

-« C’terrain, a m’l’a donné.

C’ que j’ai fait, m’sieur l’juge de paix ?

…Mais v’là douze ans qu’a m’sert de trainée.

A n’peut point dire qu’ ça

N’valait pas ça ! »

Le père du prévenu se dressa :

-« Oui, l’terrain, ça valait ça !

Croyez-vous que j’y aurais donné mon éfant

Dès s’n âge de seize ans

Si j’avions point compté su’d’la reconnaissance »

 

À son tour, la jeune femme,

Pointant du doigt la vielle dame

S’avança et dit avec véhémence :

-« Mais guettez-la, guettez-la,

Si on peut dire qu’ça valait pas ça ! »

 

Le juge considéra la vieille longuement,

Consulta sa greffière un instant,

Conclut que ça valait ça

Et renvoya

La plaignante sans bienveillance.

L’assistance approuva la sentence.

 

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Published by Melchior
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