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22 octobre 2016 6 22 /10 /octobre /2016 07:05

D’après Maupassant (2)

 

HAUTOT  PERE  ET  FILS

 

Ce dimanche-là, Hautot-père,

Veuf depuis des années,

Et son fils Robert

Avaient invité

Deux amis à une partie de chasse :

Le percepteur, M. Bordas

Et le notaire, maître Caron.

 

Bordas demanda : « Et le lièvre,

Y en a-t-il du lièvre ? »

-« Certes oui, dans les fonds. »,

Répondit Hautot-fils

En chargeant son fusil.

 

Sur le chemin, les cœurs

Des chasseurs

Battaient un peu.

Leurs doigts nerveux

Tâtaient les gâchettes.

 

Hautot-père, en-tête

Du triumvirat,

Épaula soudain et tira.

Une perdrix s’écrasa

Dans un fourré.

Hautot s’élança

Pour chercher son gibier.

Un second coup de feu éclata.

Robert s’écria :

« Tu la trouves, papa ? »

Hautot-père ne répondit pas.

Le garde appela : « V’nez vé !

Y a un malheur d’arrivé !»

 

Pour saisir la perdrix,

Hautot, en se baissant,

Avait lâché son fusil. Un coup était parti

Et l’avait blessé

En pleine poitrine, très grièvement.

 

Les deux autres chasseurs se sont précipités :

Hautot, couché sur le flanc,

Était couvert de sang.

 

Ils le transportèrent dans son lit.

Très affaibli,

Le père Hautot appela son fils

Et lui dit :

-« Robert, mon fils, mets-toi de ce côté

Et viens m’écouter :

Ça fait sept ans

Qu’est morte ta maman.

J’ me voyais pas

Rester veuf tout ce temps-là.

Comme tu sais,

L’homme n’est pas fait

Pour vivre seul.

Alors, j’ai pris une petite à Rouen.

Tu comprends ?

Elle s’appelle Élodie Darfeuil.

Elle a été pour moi

Gentille, dévouée, la très chère,

Une vraie femme, quoi !

Tu saisis, mon gars? »

 

-« Oui, père. »

 

-« Alors, si j’ m’en vas,

Faut lui donner d’ l’argent.

Tu comprends? »

 

-« Oui, père »

 

-« Sans le souvenir de ta mère,

Je l’aurais épousée.

Et j’avais pensé

Que sur ma fin,

Je t’aurais annoncé

Ces choses-là, …enfin,

Bon. Dès que j’serai parti.

Va la voir.

Elle demeure à Rouen

28 rue Legris.

Vas-y un jeudi.

C’est ce jour-là qu’elle m’attend.

Tu verras,

Elle t’expliquera ;

J’ peux pas plus m’ confier à toi.

Allez ! Embrasse-moi. »

 

Hautot-père mourut dans l’heure,

Avec d’atroces douleurs.

 

Le jeudi suivant, Robert attela Coco,

Et partit pour Rouen au grand trot

Il était désemparé

À l’idée d’avoir à affronter

L’amie de son père enseveli,

Mais il pensait : ‘’J’ai promis.’’

 

Au domicile d’Élodie,

Il sonna. La porte s’ouvrit

Sur une jeune femme

Brune aux reflets de flammes,

Bien habillée, le teint frais.

-« Monsieur, vous désirez ? »

-« Je suis Hautot-fils »

Surprise, elle fit :

-« Monsieur Robert ? »

-« Oui. Je viens de la part de mon père… »

 

À cet instant, Robert vit un enfant

Âgé de quatre ou cinq ans

Jouant devant le fourneau

Où un plat restait au chaud.

Il remarqua aussi trois couverts disposés

Sur la table joliment dressée.

 

-« Tenez, asseyez-vous là. »

-« Comment vous raconter cela ?

…Dimanche, hélas…

Mon père… s’est tué…à la chasse. »

Élodie aussitôt,

Se mit à pleurer à gros sanglots.

Robert reprit

D’une voix adoucie :

-« Nous arrangerons tous deux

L’affaire selon ses vœux.

 

Écoutez-moi bien :

Pour vous, il m’a laissé du bien.

Vous n’avez rien à craindre

Et vous n’aurez pas à vous plaindre. »

-« Oh !, si j’accepte,

J’ peux vous l’ promettre.

Ce sera pour le p’tit. J’ vais mettre

Les sous sur sa tête. »

 

Robert saisit alors le raisonnement :

‘’C’est donc à papa, cet enfant ?’’

Il regarda alors son frère avec émotion

Puis reprit la conversation :

-« Quand va-t-on en causer

Car vue l’heure, j’ dois vous laisser. »

-« Oh ! Ne partez pas,

Ne me laissez pas.

Il est encore tôt.

J’ai plus qu’ mon petiot.

Oh ! Qué malheur !. Qué misère ! 

Parlez-moi encore de vot’ père. »

 

Puis Élodie balbutia :

-« Mon pauv’ petit gars,

Te v’là orphelin présentement. »

-« Moi aussi. », ajouta Robert tristement.

 

Puis se réveilla chez la jeune mère,

L’instinct de la ménagère :

-« Vous n’avez sans doute

Rien pris…Et cette longue route…

Mangez donc avec nous deux.»

-« Non, merci, j’ suis trop soucieux. »

Elle insista.

Il céda

-« Quand voulez-vous

Qu’on parle entre nous,…

Jeudi prochain ? »

-« Oui, ça m’ va,… jeudi prochain.

Vous déjeunerez ici, n’est-ce pas ?»

-« Ça, le promettre, j’ peux pas. »

-« On cause mieux en mangeant…

On a plus de temps. »

-« Eh bien, soit ! à jeudi midi. »

Robert serra la main de la maman

Et embrassa l’enfant.

 

Elle lui avait plu Élodie.

Il voulait faire les choses en grand :

Donner une rente de mille francs.

Puis l’idée de ce frère,

Le fils de son propre père,

Le tracassait

Et en même temps lui plaisait.

 

Le jeudi suivant,

Ils déjeunèrent ensemble longuement.

Puis, comme cadeau, elle offrit à Robert

La vieille pipe de son père

Qu’elle avait soigneusement rangée.

 

Hautot-fils remercia et prit congé.

Élodie restant face à lui, conclut :

-« Alors, on s’verra jamais plus ? »

-« Mais si, j’ veux bien. »

-« Alors,… jeudi qui vient,

Ça vous irait ? 

Et vous déjeunerez,

N’est-ce pas ? »

-« Oh ! oui. Je r’ fuse pas. »

-« Entendu. Alors, à jeudi. »

-« Avec plaisir. À jeudi, midi. »

 

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Published by Melchior
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