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17 février 2016 3 17 /02 /février /2016 09:13

Visites de gratitude

D’après LE PÈRE (26 juillet1887)

Ernest de La Rivalière et moi, nous nous promenions dans les bois de sa propriété quand, soudain, au loin, une voix l’appela :

-« Monsieur, Monsieur ! » Ernest répondit :

-« Nous sommes ici, Martin. »

Quand le valet nous eut trouvés, il annonça :

-« C’est la bohémienne de monsieur. »

-« Nous sommes donc le 19 septembre ! »

-« Mais oui, Monsieur. »

-« Martin, dites-lui de m’attendre. Nous rentrons. »

-« Allons doucement, me dit Ernest. Je veux te conter l’histoire :

Un soir, je faisais le tour de ce bois avec mon chien. Il s’arrêta bientôt et grogna.

Je crus à la présence d’un sanglier. J’avançais sur la pointe des pieds afin de ne pas faire de bruit. J’ai entendis des cris, des cris humains, plaintifs, déchirants.

Je me suis approché et j’aperçus une carriole de marchands forains. Je montai les trois marches de bois, ouvrai la porte prudemment. Un homme très brun, à genoux, semblait prier tandis que, sur un pauvre divan, une femme à moitié nue s’agitait et hurlait. Elle était en mal d’enfant ! L’homme, une sorte de Marseillais, me supplia de l’aider à délivrer sa compagne, me promettant, en échange, une reconnaissance éternelle.

Je lui ai ordonné sèchement :

-« Allez chercher une infirmière ! »

-« Notre cheval est tombé dans une ornière. Il s’est cassé la patte et ne peut plus se lever. »

-« Alors, emmenons votre femme chez moi. »

Haletant, suant, nous marchâmes tous trois jusqu’au château. Nous avons couché la femme et

je fis appeler le médecin. Peu après, la mère et l’enfant se portaient bien. Fernande, la mère, le bébé et le Marseillais sont restés sous mon toit pendant huit jours !

L’année suivante, jour pour jour, Martin venait me trouver au salon :

-« C’est la bohémienne de l’an dernier qui vient remercier Monsieur. »

-« Fais-la entrer. » Je demeurai étonné de la voir accompagnée par un homme blond.

Il n’était certes pas du Midi. Fernande, tenant par la main une petite fille, me dit :

-« On n’a pas voulu laisser passer cet anniversaire sans vous apporter nos remerciements

et le témoignage de notre reconnaissance. »

Puis nous causâmes un moment de cette mémorable naissance.

Fernande revient tous les ans, à la même date avec son enfant et chaque fois …avec un nouveau fiancé. Un seul, un Auvergnat, me ‘‘remerchia’’, deux années d’affilé.

Quand nous arrivâmes au château, trois personnes nous attendaient. L’homme, un roux, déclara avec un grand salut :

-« Monsieur le Comte, cette année encore, nous sommes venus vous dire un grand merci. »

C’était un Belge ! La petite fille récita un compliment. Je demandai à Fernande :

-« Est-ce le père de votre enfant ? »

-« Oh non ! »

-« Son père est mort ? »

-« Oh non ! Il a épousé une crémière. »

-« Alors, c’est le Marseillais, celui de l’accouchement ? »

-« Oh non ! Celui-là, il est parti avec mes économies ! »

-« Et le vrai père, connait-il votre enfant ? »

-« Oui, mais comme il en a deux avec sa femme actuelle, il ne s’en occupe pas. »

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Published by Melchior
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