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16 février 2016 2 16 /02 /février /2016 04:39

Le mari infidèle pris au piège

D’après SAUVÉE (22 décembre 1885)

Sur le canapé, la baronne de Bertheuil avait jeté le livre qu’elle lisait et regardait avec curiosité son amie Elvire qui venait d’entrer en éclatant de rire. Elle lui demanda :

-« Mais qu’est-ce que tu as ? »

-« Oh ! Ma chère…figure-toi…Je suis sauvée !... »

-« Sauvée de quoi ! ».

.-« De mon mari, délivrée ! Je tiens le divorce ! »

-« Tu Divorces ? »

-« Oui, j’ai des preuves…incontestables …Il me trompe !…je l’ai pris en flagrant délit ! »

-« Comment as-tu fait ? »

-« Depuis trois mois, il me contrariait tout le temps, me forçait à sortir quand je ne voulais pas ou me contraignait à rester à la maison quand je désirais sortir. Insupportable, n’est-ce pas ?

Puis j’ai découvert qu’il me trompait. Je me suis dit : ‘‘Ça ne peut pas durer’’; il me faut divorcer. Alors, devine ce que j’ai fait ? J’ai demandé à mon frère de me procurer une photographie de la maîtresse de mon mari. J’avais besoin de connaître sa taille, sa poitrine, son teint, ses goûts… »

-« Pourquoi ? »

-« Quand j’ai eu ses renseignements, je me suis rendue dans une agence de détectives. J’ai montré à l’un des inspecteurs la photo de Julie - sa maitresse s’appelle Julie - Et je lui ai dit : ‘‘Mon mari me trompe à l’hôtel. Je voudrais qu’il me trompe chez moi…et le surprendre ainsi sans contestation. Pourriez-vous me procurer une femme de chambre qui ressemble au portrait que je viens de vous montrer. Je désire une femme honnête, propre et jolie. D’avance, j’accepte votre prix. Alors il m’a questionné : ‘‘J’aurais besoin de renseignements supplémentaires : tout d’abord la marque de son parfum ? Le parfum est essentiel pour la séduction. Il prédispose à l’action. Il me faudrait savoir aussi ce que monsieur votre mari

mange quand il dine avec sa maîtresse. Vous devrez lui servir les mêmes plats le jour où vous voulez le pincer.’’ »

Six jours plus tard, se présentait chez moi vers six heures du soir une grande fille brune et très jolie, l’air hardi et roué. Je lui ai dit :

‘‘Bonsoir, mademoiselle ’’

‘‘Oh ! Madame peut m’appeler Adèle.’’

‘‘Vous savez pourquoi vous êtes ici ? ’’

‘‘Oui, Madame’’

‘‘Fort bien…et cela…ne vous ennuie pas ? ’’

‘‘Je suis habituée. C’est le huitième divorce que je fais.’’

‘‘Vous faut-il longtemps pour réussir ? ’’

‘‘Cela dépend du tempérament de Monsieur. Dès que j’aurai vu Monsieur un moment, je pourrai vous répondre avec précision.’’

‘‘ Vous verrez mon mari à l’heure du dîner, mais je vous préviens : il n’est pas beau. ’’

‘‘Cela ne fait rien. J’en ai déjà eu de très laids. Veuillez, s’il vous plait, me rappeler le parfum de la dame ? ’’

‘‘Du jasmin.’’

‘‘Tant mieux, Madame, je l’aime bien ! Et savez-vous si elle porte des dessous en soie ? ’’

‘‘Non. Je me suis discrètement renseigné auprès de mon mari et il m’a parlé de batiste avec des dentelles.’’

‘‘Alors, c’est une personne comme il faut. Le linge de soie fait commun, plutôt. ’’

Une heure plus tard, rentrait mon mari. Adèle, accorte, alla lui ouvrir la porte, sans lever les yeux sur lui. Mais mon mari, lui, leva les yeux sur elle ! Quand elle le fit entrer dans mon cabinet, elle sentait déjà le jasmin à plein nez.

Mon mari me demanda :

-« Qu’est-ce que c’est que cette fille-là ? »

-« Mais…ma nouvelle femme de chambre. »

-« Où l’avez-vous trouvée ? »

-« C’est une amie qui me l’a recommandée. Elle a les meilleurs certificats. »

-« Et, de plus, elle est assez jolie ! »

-« Vous trouvez, mon ami ? »

-« Mais oui, …pour une femme de chambre. »

J’étais ravie. J’ai senti qu’il mordait déjà. Le soir même, Adèle me confiait :

-« Je promets à Madame que cela ira vite car j’ai remarqué sa conduite. »

-« Vous avez déjà essayé ? »

-« Non, mais il a voulu m’embrasser. Que Madame se rassure, je ne résisterai que le temps nécessaire au résultat de son affaire. »

Bientôt, mon mari ne sortait plus jamais. Je le voyais rôder dans la maison toute la journée.

…Et lui ne m’empêchait plus de sortir. Moi, je m’absentais…pour le laisser libre.

Le neuvième jour, après souper, comme Adèle me déshabillait, elle me dit avec son air malin :

-« C’est fait, Madame, de ce matin. »

-« Et…et …ça c’est bien passé ?... »

-« Très bien. Depuis trois jours, il me pressait mais j’ai préféré aller modérément. Madame me préviendra du moment où elle désire le prendre en flagrant délit. »

-« Bon. Tenez, …prenons jeudi ! »

-« Si Madame veut bien, d’ici là, je ne lui accorderai, plus rien. Je le tiendrai en éveil et l’allumerai de façon à le faire donner juste à l’heure que Madame voudra bien me préciser. »

-« Disons cinq heures. »

-« Ça va. Et à quel endroit ? »

-« Mais,… dans ma chambre. »

Alors, ma chérie, jeudi après-midi, je suis allé chercher papa et maman. J’ai demandé à mon oncle de Saint-Aignan de venir à la maison. J’ai convoqué le juge M. Misserey, le concierge et un ami de mon mari, sans les prévenir de ce qu’ils allaient découvrir. Et puis, pile à cinq heures, devant ces six personnes, j’ai ouvert la porte de ma chambre…Ah ! Ah ! Ça y était en plein, ma chère,…mais en plein ! Oh ! Si tu avais vu la tête de mon mari !... Et le concierge qui l’aidait à se rhabiller. Et papa qui voulait battre mon mari !....

Adèle fut parfaite. Je te la recommanderais si, un jour, tu avais le même problème. »

La baronne, toute émoustillée, demanda :

-« Pourquoi ne m’as-tu pas invitée à voir ça ? »

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Published by Melchior
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