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10 février 2016 3 10 /02 /février /2016 08:33

Dans le train

D’après L’IDYLLE (12 février 1884)

On avait quitté Gênes depuis peu. Le soleil versait sur la mer une pluie de feu. Dans notre compartiment, une grosse femme regardait la vue :

-« C’est beau, cette côte rocheuse ! »

Elle avait peut-être vingt-cinq ans, les yeux noirs, les joues charnues, et la poitrine volumineuse. Elle fermait les yeux de temps en temps, puis les rouvraient brusquement.

Des gouttes de sueur perlaient sur son front. Elle respirait avec peine comme si elle souffrait d’une gêne, d’une pénible oppression. Elle déboutonna un peu son corsage.

Son voisin regardait ses avantages. Elle n’avait pas l’air de s’en inquiéter :

-« Vous êtes du Piémont ? »

-« Oui, de Biela. »

-« Moi, je suis d’Ivreja. »

Ils parlèrent du pays et évoquèrent quelques événements locaux récents

Lui, devait avoir vingt ans. Il avait l’air d’un miséreux naïf et sot. Elle, était mariée et disait avoir deux enfants. Elle les avait laissés en garde à sa mère car elle venait de trouver une place de nourrice à Menton.

Le corsage ouvert, elle haletait. D’une voix accablée, elle dit à son jeune voisin :

-« Je n’ai pas donné le sein depuis hier, huit heures. Me voilà étourdie comme si j’allais tomber. C’est comme un poids que j’aurais sur le cœur. Quand, on a du lait, on doit donner le sein trois fois par jour. Sans ça, on se trouve gênée. On ne peut plus respirer. Avoir du lait tant que ça, c’est malheureux. »

-« Oui, on ne fait pas ce qu’on veut mais ça doit bien vous tracasser. »

-« À Ivreja, les voisins venaient me regarder : je pressais sur ma poitrine et du lait sortait.. »

-« Ah ! Vraiment ? »

-« Oui. Je ne peux plus tenir. Ça va me faire mourir. »

Elle ouvrit son corsage. Son sein droit apparut, énorme, tendu.

-« Je ne tiens plus. Si vous vouliez,…vous pourriez… »

Elle se pencha vers lui. Le jeune homme se mit à genoux, saisit la lourde mamelle et se mit à téter de façon goulue.

Un moment après, elle lui dit :

« En voilà assez pour celui-là. Prenez l’autre maintenant. »

À présent, elle respirait avec bonheur. Elle écarta doucement la tête du jeune homme:

-« Je me sens mieux. Ça suffit. Je vous remercie. »

-« C’est moi qui doit vous remercier car voilà deux jours que je n’avais pas mangé ! »

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Published by Melchior
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