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31 janvier 2016 7 31 /01 /janvier /2016 10:10

L’histoire d’un soldat africain

D’après TOMBOUCTOU (2 août 1883)

À la terrasse du Médoc, deux officiers causaient.

Tout à coup, un nègre électrisé, très grand, chamarré de breloques passa devant eux. Il riait aux passants. Il riait au soleil éclatant. Il riait à Paris tout entier.

Soudain il aperçut les deux officiers. Les coins de sa bouche lui montèrent jusqu’aux oreilles, découvrant ses dents claires, telles un croissant de lune dans un sombre ciel. Les deux hommes contemplaient ce géant sans rien comprendre à son enjouement :

-« Bonjou, mon lieutenant, moi aimé toi beaucoup ! »

L’un des officiers, chef de bataillon, s’exclama :

-« Que voulez-vous ? Je ne vous connais pas. »

-« Si, toi, Lieutenant Védion. Moi bien aimé toi. Toi souviens raisin à siège Mézi ? Toi punissé moi. »

-« Tombouctou ! »

-« Mon lieutenant reconné Tombouctou ! »

-« Assieds-toi-là. Que fais-tu ici ?»

-« Moi beaucoup volé Pussiens. Moi gagné beaucoup agent : deux cent mille fancs. Moi à Pais, tiens gand estaurant, bon mangé, mon lieutenant. »

-« Très bien. Félicitations, Tombouctou ! »

-«Au evoir, mon lieutenant. » Et le nègre s’en alla.

L’autre officier demanda :

-« C’est qui, ce noir? »

Le commandant lui répondit :

-« Un bon garçon. En 1870, au début de la guerre, j’étais alors lieutenant, les Prussiens encerclaient Mézières, que ce nègre vient d’appeler Mézi, et nous empêchaient de lever le camp.

Ce noir était toujours dehors et toujours gris ! J’avais beau le sanctionner, rien n’y fit. Il ne disposait pas d’argent. Où buvait-il ? Avec quoi et comment ? Cela m’intriguait. Je le fis venir et l’interrogeai. Il m’a dit être le fils d’un roi africain, Chavaharibouhalikhrapalaravé ou quelque chose d’approchant. Quand je lui ai demandé où il buvait, il me répondit ‘‘: Moi et mes copains, dans les vignes, mon lieutenant.’’ Pendant des heures, il happait le raisin à coups de dents.

Un jour, Tombouctou est rentré au camp chargé de deux gros sacs. J’ai voulu savoir ce qu’il transportait. Il me répondit en riant : ‘‘Moi, povisions pou pays. Nous, supis pa Uhlans. Nous, tous les égogés et moi tout leu chapadé.’’

Il détachait les galons dorés des uniformes allemands, le cuivre des casques, les boutons…Il volait tous les objets brillants, les billets et les pièces d’argent. Il entassait ses trouvailles dans un magasin. Mais où était-il ? Je n’en sus jamais rien. »

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Published by Melchior
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