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29 janvier 2016 5 29 /01 /janvier /2016 09:08

Une demande en mariage

D’après LA FENÊTRE (10 juillet 1883)

L’hiver dernier à Paris, j’avais rencontré Mme de Jardy. Plus je la connaissais, plus elle me plaisait. Elle était veuve et je cherchais à me marier :

-« M’accepteriez-vous si je vous proposais de devenir votre mari ? »

-« Comme vous y allez ! Certes, on peut essayer. Mais je veux d’abord vous étudier. Alors, venez passer l’été chez moi en Touraine. Nous verrons si nous pouvons nous accorder. »

J’ai passé les mois de juillet et août dans son château. Elle s’efforça de percer mes plus intimes pensées, d’observer mes moindres mouvements. Elle me surveillait à tout moment. Même la nuit, j’étais espionné par sa bonne qui dormait dans la chambre voisine de la mienne.

Tout cela m’impatientait. Voulant hâter le dénouement, j’ai glissé un billet dans la main de la soubrette et lui dit :

-« Je ne te demande rien de vilain mais je désire faire à ta maîtresse ce qu’elle fait envers moi. Elle veut connaître mon caractère, mes goûts et mes habitudes. Moi, je voudrais que tu m’indiques…quelques détails sur son physique. Tu es sa chambrière. Tu l’habilles et la déshabilles. Est-elle aussi grasse qu’elle en a l’air ? Dis-moi si elle met du coton…là où on s’assoit, ou devant, là où on nourrit les petits bébés ? Certaines femmes ont les genoux rentrés qui s’entre-frottent à chaque pas qu’elles font. D’autres ont les genoux écartés de telle sorte que leurs jambes forment une arche de pont. Comment sont ses jambes ? »

-« Vous n’allez pas me croire : Madame est faite comme moi, à part qu’elle est… noire ! »

Je résolus de me venger de cette bonne qui m’avait joué.

La nuit suivante, je me suis introduit dans sa chambre. Elle était bien faite, en effet. Nous fûmes bientôt très…amis. Elle devint une maitresse rouée à plaisir. Ses douceurs me permirent d’attendre patiemment que Mme de Jardy ait cessé de m’éprouver.

Curieusement d’ailleurs, elle commençait à me trouver charmant ! J’en étais heureux et attendais le baiser légal d’une femme que j’aimais …dans les bras d’une fille pour laquelle je n’avais qu’une amitié vile !

Après le petit-déjeuner, j’avais l’habitude d’aller fumer une cigarette au sommet de la tourelle.

Ce jour-là, je croisai la bonne dans l’escalier. Vêtue légèrement, elle se penchait à une des petites fenêtres et regardait passer les bateaux sur la Loire. Je m’approchai doucement, me mis à genoux avec précaution, relevai son jupon et jetai là un tendre baiser. Elle poussa un cri strident et me gifla.

Mon dieu, que je fus surpris ! La personne qui venait de me frapper était Mme de Jardy !

Peu après, la petite bonne me remettait un pli que je lus aussitôt :

Mme de Jardy espère que M. d’Arthaud la débarrassera au plus vite de sa présence.

Je suis parti le jour même.

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Published by Melchior
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