Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
28 janvier 2016 4 28 /01 /janvier /2016 09:25

Scène de vieux ménage

D’après LA SERRE (26 juin 1883)

Berthe et Jean Lafond occupaient une maison avec jardin, serre et basse-cour.

Jean était un bon garçon mais Berthe se montrait désobligeante, aigrie, et volontaire. En permanence, elle accablait son mari de vives critiques. Les nuits, en particulier, s’avéraient pénibles pour lui. Quand il dormait, elle le pinçait :

-« Jean, tu tiens toute la place tant tu deviens gros. »,

-« Je n’arrive pas à dormir. Jean, va me chercher le journal en bas. » Comme elle l’avait volontairement caché, Jean ne le trouvait pas.

-« Viens te recoucher, grand nigaud ! »,

-« Jean, apportes-moi une bouteille d’eau.»,

-« J’ai une crampe, Jean, masse-moi le mollet ! », etc…

Une nuit, Berthe saisit le bras de son mari :

-« J’ai entendu du bruit en bas. »

Accoutumé à ce genre d’alertes proférées par sa femme, Jean ne s’inquiéta pas :

-« Tu dois te tromper, Berthe. Qui veux-tu que ce soit ? »

-« Imbécile ! Mais des voleurs !… » Exaspérée, Berthe sauta du lit :

-« Ils vont nous tuer ! ! »

Elle saisit les pinces de la cheminée et se posta derrière la porte de la chambre dans une attitude guerrière. En passant devant la fenêtre, Jean aperçut deux êtres qui traversaient la cour. Son sang ne fit qu’un tour. Il s’élança vers le secrétaire, l’ouvrit, prit son revolver et se précipita dans l’escalier. Berthe, réfugiée sous les draps, l’attendit dix minutes, vingt minutes… Une folle inquiétude la gagnait. Jean avait surement été assommé, étranglé, peut-être… ? Elle ne le reverrait plus ! Elle appela Marie, sa bonne, mais elle ne répondait pas.

Enfin, au bout d’une heure, Jean remonta se coucher. Berthe s’écria :

-« Tu me laisses crever de peur ! Tu ne t’inquiètes pas de moi…comme si je n’existais pas ! »

Jean éclata de rire :

-« Dans la serre,… la bonne…un rendez-vous… Si tu savais…ce que…j’ai vu… »

-« Hein ? Que dis-tu ? …Dans la serre,… Marie ? Et tu n’as pas tué le jeune homme ? J’espère au moins que tu vas chasser cette dévergondée ! »

Jean saisit alors Berthe à pleins bras et l’entraina vers le lit…Le lendemain à dix heures et demie, le couple Lafond était encore couché. Inquiète, la bonne frappa à leur porte :

-« Comme je vous voyais pas en bas, je vous ai monté votre petit-déjeuner. »

-« Nous avons mal dormi, Marie. Nous faisons la grasse matinée. Pose le plateau sur le guéridon du couloir. »

Certaines nuits, les époux tout émoustillés se rendaient à la serre, collaient leur visage sur la paroi de verre et lorgnaient au-dedans avec curiosité, parfois pendant une heure et plus.

À la fin du mois, la bonne reçut des gages… généreusement augmentés !

Les aigreurs de Berthe avaient disparu.

Le ventre de M. Dufour avait fondu !

Partager cet article

Repost 0
Published by Melchior
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Fantaisies et balourdises
  • Fantaisies et balourdises
  • : Politique,Actualité,Histoire, Ecologie,Littérature, sémantique, Poésie,Humour,Santé, Musique,fantaisies,dérision, divers
  • Contact

Profil

  • Melchior
  • La sémantique c'est mon tic.

Et le jubilatoire Maupassant,  mon écrivain préféré
  • La sémantique c'est mon tic. Et le jubilatoire Maupassant, mon écrivain préféré

Recherche