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27 janvier 2016 3 27 /01 /janvier /2016 09:20

Un visiteur indésirable

D’après UNE SURPRISE (15 mai 1883)

Nos parents étant décédés quand mon frère et moi avions respectivement neuf et onze ans, nous avons été élevés par notre oncle, l’abbé Gandois. Il nous éduqua rudement, nous apprenant plus à trembler qu’à aimer.

Adolescents, il nous mit en pension. J’y songe encore avec des frissons. Oh ! Les évangiles médités, Oh ! Les lectures pieuses aux diners ! Oh ! Les cérémonies sans fin ! Oh ! La messe froide chaque matin !

Quand nous eûmes vingt et vingt-deux ans, notre oncle réussit à nous trouver une modeste situation à Paris. Les fêtes et les bals de la Capitale nous ont dégourdis. Peu à peu, s’éveillèrent en nous des désirs nouveaux. Un soir, nous nous sommes laissé séduire par deux petites employées de la Mairie. Mon frère loua l’appartement préalablement occupé par les jeunes filles…Et garda l’une d’elles. Je m’emparai de l’autre qui vint s’installer dans notre logement.

La mienne se prénommait Laure. Elle avait vingt ans. Celle de mon frère s’appelait Germaine.

Une nuit, on frappa à ma porte. Je ne dormais pas à ce moment-là…mais pas du tout !

Laure m’a demandé :

-« Qui ça peut bien être ? »

-« J’en sais rien. Peut-être un cambrioleur ou quelqu’un qui se trompe d’étage »

J’ai vite enfilé mon pantalon, mis mes pantoufles et couru à la porte :

-« Qui est là, que me veut-on ? »

Une voix, celle de mon oncle, répondit :

-« C’est moi, ouvre donc ! Je n’ai pas envie de coucher sur le palier. Pourquoi ne m’ouvrais-tu pas ? »

-« Mon oncle, je dormais. »

-« Mais non, je t’ai entendu causer… » Pour éviter les explications, je lui plaquai un gros baiser sur le front. Mon oncle reprit :

-« Je suis pour quatre jours à Paris. Tu vas m’héberger. »

-« Vous devez avoir faim, après ce voyage. J’ai, dans la cuisine, un peu de jambon et du fromage. »

L’abbé mangea tout ce que son neveu lui proposait, puis se leva :

-« Voyons ton logement, maintenant ! »

-« Mon oncle,… un peu plus de vin ?,…un doigt d’eau de vie ?... »

-« Non, merci, mon garçon, j’ai fini. Mais où est ton frère ? Va le réveiller ! »

Je le suivis, hésitant et embarrassé. Laure s’était roulée dans les draps. Mon oncle s’écria :

-« Ah ! Ah ! Le plaisantin ! Vois comme je le réveille, ton frangin ! »

Je vis sa grosse main se lever puis retomber…sur les contours exposés devant lui. Il y eut deux terribles cris. Laure se débattait et, toute nue, s’est levée

L’abbé, stupéfait, muet, recula,. Et moi,… je me suis sauvé à toute allure !

Je n’ai jamais revu Laure, et mon oncle m’a déshérité !

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Published by Melchior
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